Bonsoir ! L’actu spatiale récente nous a réservé la perte d’une cargaison spatiale, des nouvelles du crash de Schiaparelli, et des nouvelles des futurs projets de l’agence spatiale européenne. On y revient, entre autres infos, dans ce petit billet.

Décollage de la fusée Soyouz et de la capsule Progress 65 ce 1er décembre. Crédit : NASA TV
Décollage de la fusée Soyouz et de la capsule Progress 65 ce 1er décembre. Crédit : NASA TV

Un Progress parti en fumée

Dans ce qui commence à devenir un peu trop commun, une cargaison à destination de la station spatiale internationale (ISS) n’a pas atteint sa cible cette semaine. La fusée Soyouz transportant la capsule Progress MS-04 (ou Progress 65 selon la nomenclature utilisée par la NASA) a certes correctement décollé depuis Baïkonour ce 1er décembre, mais la mission semble avoir brutalement pris fin après 382 secondes. C’est au niveau du troisième étage que quelque chose n’a pas fonctionné, causant la perte de 2,5 tonnes de vivres et de carburantUne forte explosion aurait d’ailleurs été détectée au-dessus de la région de Tuva, en Russie, et Roscosmos a confirmé que l’engin, qui aurait dû se docker avec l’ISS le 3 décembre, n’avait pas atteint l’orbite prévue. C’est le troisième échec d’une mission Progress en un peu plus de cinq ans. En avril 2015, la mission Progress M-27M (ou Progress 59) avait bien atteint son orbite, mais avait été déclarée perdue après que la capsule soit devenue incontrôlable. Les Américains ne sont cela dit pas en reste en étant responsables de la perte de deux ravitaillements récents : l’un en octobre 2014 (une capsule Cygnus), l’autre en juin 2015 (une capsule Dragon). Heureusement, l’équipage de la station spatiale internationale n’est pas mis en danger par la perte de la cargaison : ils ont en effet suffisamment de réserves à disposition à bord. De plus, la capsule japonaise Kounotori 6 (ou HTV-6) devrait décoller ce mois-ci à destination du laboratoire orbital pour le ravitailler.

En marge de ces péripéties, une capsule Cygnus a quitté l’ISS le 21 novembre et a continué sa route seule pendant quelques jours, le temps de placer quatre CubeSats en orbite et d’effectuer l’expérience SAFFIRE 2. Il s’agit de la suite de SAFFIRE 1, réalisée en mars 2016, qui impliquait l’allumage d’un incendie à bord du vaisseau vide pour l’étude du comportement des flammes en microgravité. Dans le cas présent, 9 petits feux ont été déclenchés au lieu d’un grand. Le 27 novembre, l’engin a terminé sa carrière dans l’atmosphère terrestre comme prévu.

Image en couleur des restes du parachute et du bouclier thermique de Schiaparelli, prise par Mars Reconnaissance Orbiter.  Crédits : NASA / JPL / UA / Emily Lakdawalla
Image en couleur des restes du parachute et du bouclier thermique de Schiaparelli, prise par Mars Reconnaissance Orbiter. Crédits : NASA / JPL / UA / Emily Lakdawalla

Schiaparelli : premiers enseignements

Un échec est une chose, en tirer un enseignement en est une autre. C’est particulièrement vrai dans le cas de l’atterrisseur européen Schiaparelli, qui aurait dû se poser sur Mars le mois dernier dans le cadre du programme euro-russe ExoMars, mais s’y est plutôt violemment (et tristement) écrasé. Vu qu’il s’agissait d’un démonstrateur, d’un engin censé précisément tester les capacités européennes à réaliser ce genre de manœuvre, l’essentiel maintenant pour l’agence spatiale européenne (ESA) est de comprendre les raisons de l’échec. Bonne nouvelle (si on peut dire), l’analyse des données transmises par l’appareil pendant sa descente a déjà permis d’en savoir plus. En gros, elles confirment que tout s’est bien déroulé jusqu’à au déploiement du parachute et le largage du bouclier thermique, mais que quelque chose a cloché au niveau du gyroscope. En fait, Schiaparelli a soudainement cru qu’il avait déjà atterri (alors qu’en fait pas du tout, mais vous l’aviez deviné), ce qui l’a naturellement conduit à larguer son parachute et stopper ses rétrofusées (il ne s’agit pour l’instant que d’une conclusion préliminaire). À plus de trois kilomètres d’altitude, l’atterrisseur a même commencé à fonctionner comme s’il s’était déjà posé. Cela peut paraître profondément déprimant, mais c’est finalement une bonne chose : connaître la cause de l’échec permettra, peut-être, de l’éviter la prochaine. Pendant ce temps-là, notons que le Trace Gas Orbiter se porte comme un charme en orbite autour de Mars et qu’il ne faudrait pas l’oublier.

De gauche à droite : le lanceur Vega, le (futur) lanceur Vega-C, Ariane 5, et Ariane 6 dans ses deux configurations (deux et quatre boosters). Copyright ESA–David Ducros, Jacky Huart, 2016
De gauche à droite : le lanceur Vega, le (futur) lanceur Vega-C, Ariane 5, et Ariane 6 dans ses deux configurations (deux et quatre boosters). Copyright ESA–David Ducros, Jacky Huart, 2016

Le futur de l’ESA

À ce propos, les 22 membres de l’agence spatiale européenne se sont réunis en Conseil en ce début de mois de décembre. Ils y sont notamment tombés d’accord pour confirmer la mission ExoMars 2020, qui comprendra un rover et qui, on l’espère, tirera les leçons de l’échec de Schiaparelli. En vrac, l’ESA confirme aussi sa participation à la station spatiale internationale jusque 2024, mais abandonne pour l’instant le projet d’Asteroid Impact Mission qui aurait été mené avec la NASA. Par contre, le Space Rider mis en avant par l’agence spatiale italienne (ASI) est passé à la vitesse supérieure et pourrait décoller pour la première fois dès 2021. Il s’agit d’un véhicule réutilisable (inoccupé) basé sur l’Intermediate Experimental Vehicle (IXV) testé l’an dernier (rappelez-vous). Conçu pour effectuer des expériences scientifiques en orbite (et donc en microgravité), l’engin devrait décoller à l’aide d’une fusée Vega (un projet également poussé par l’Italie) puis se poser comme un avion. Enfin, l’agence spatiale européenne (poussée par la France, cette fois) a débloqué un budget pour étudier un nouveau moteur de fusée nommé Prometheus. Ce dernier pourrait être la base d’un futur lanceur européen partiellement réutilisable.

Infos express

On se quitte avec cette image de la galaxie NGC 3274 (située à 20 millions d’années-lumière d’ici), que nous devons bien sûr au télescope spatial Hubble.

Crédit: ESA/Hubble & NASA, D. Calzetti
Crédit: ESA/Hubble & NASA, D. Calzetti
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