Bonjour ! Le billet de cette semaine est presque en continuité directe avec celui de dimanche passé : nous revenons ainsi sur les aventures d’ExoMars, de Juno, de Shenzhou 11 et de l’ISS. Comme vous allez le voir, ces derniers jours ont été plutôt… mitigés.

Jusque là, tout allait bien. Illustration de Schiaparelli en cours de descente vers Mars, avec son parachute déployé. Copyright ESA/ATG medialab
Jusque là, tout allait bien. Illustration de Schiaparelli en cours de descente vers Mars, avec son parachute déployé. Copyright ESA/ATG medialab

ExoMars : le succès et l’amertume

Ainsi s’achève donc la semaine de vérité pour la mission ExoMars 2016. Inutile de se le cacher : tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu. Commençons toutefois par la bonne nouvelle : la sonde Trace Gas Orbiter (TGO) s’est placée avec succès en orbite autour de Mars. Cela signifie que l’agence spatiale européenne (en collaboration avec Roscosmos) dispose désormais d’un second engin en orbite autour de la planète rouge (Mars Express s’y trouve depuis fin 2003, déjà), ce qui est une réelle source de satisfaction. Après avoir allumé ses moteurs durant 136 minutes, le TGO se trouve à présent sur une orbite elliptique autour de Mars, mais les manœuvres ne sont pas terminées : à partir de janvier 2017, la sonde va progressivement réduire son altitude (notamment en utilisant la méthode de l’aérofreinage, en tirant parti de l’atmosphère martienne pour freiner) afin d’atteindre son orbite définitive en décembre 2017. Pour rappel, le TGO a principalement pour objectif d’étudier la composition de l’atmosphère de la planète rouge. Passons maintenant à la mauvaise nouvelle : l’atterrisseur Schiaparelli (ou, de son nom complet : ExoMars Entry, Descent and Landing Demonstrator Module), qui devait se poser sur Mars le mercredi 19 octobre et ainsi prouver la capacité de l’Europe à réaliser un tel exploit, n’a pas survécu à sa descente (très médiatisée) vers la surface.

La zone d'atterrissage de Schiaparelli photographiée avant (en mai 2016) et après (ce 20 octobre) le passage de l'atterrisseur, par Mars Reconnaissance Orbiter. Copyright NASA/JPL-Caltech/MSSS
La zone d’atterrissage de Schiaparelli photographiée avant (en mai 2016) et après (ce 20 octobre) le passage de l’atterrisseur, par Mars Reconnaissance Orbiter. Copyright NASA/JPL-Caltech/MSSS

On sait que les problèmes ont commencé dans la phase finale de l’atterrissage (qui, au total, devait durer six minutes), alors que le parachute était déployé, mais la suite est toujours incertaine. Certaines informations suggèrent en tout cas que le bouclier thermique a été largué trop tôt, tandis que d’autres indiquent que la descente s’est déroulée plus vite que prévu. D’autres encore indiqueraient que les rétrofusées de l’engin n’ont fonctionné que quelques secondes et que la perte de contact est survenue peu de temps après. Bref, il faudra un certain temps pour analyser tout ça, mais l’ESA est confiante en sa capacité à y arriver. En effet, l’échec n’est pas total : une bonne partie de la descente de Schiaparelli à travers l’atmosphère martienne a bel et bien été enregistrée et l’engin a eu le temps de transmettre 600 Mo de données vers la Terre, via le Trace Gas Orbiter. Ces dernières devraient permettre de comprendre ce qui n’a pas fonctionné, en vue de préparer l’atterrissage du rover ExoMars 2020 (à condition qu’il ne soit pas annulé). Pour dissiper tout doute quant à la survie de Schiaparelli, la sonde américaine Mars Reconnaissance Orbiter a transmis des images du site d’atterrissage avant et après l’arrivée de Schiaparelli, sur laquelle on peut notamment apercevoir les restes du parachute (le point blanc), mais aussi une zone noircie que l’on peut interpréter comme étant les restes de l’engin, qui a peut-être bien explosé lors de l’impact. Bref, il semblerait bien que Schiaparelli ait heurté la surface martienne à une vitesse de 300km/h au lieu de s’y poser en douceur. Ouch. Pour l’anecdote, le robot américain Opportunity se balade à seulement 54km de là. Pour plus de détails quant aux photos de Mars Reconnaissance Orbiter, Emily Lakdawalla se livre à une analyse intéressante de ces dernières sur le blog de la Planetary Society. Au final, n’oublions pas que Schiaparelli n’était pas destiné à survivre plus que quelques jours à la surface et que l’essentiel de la mission, à savoir le Trace Gas Orbiter, reste une réussite, même entachée d’amertume. Si l’échec de l’atterrisseur peut permettre à la descente du futur rover ExoMars 2020 de se dérouler correctement, alors son rôle aura été tout sauf inutile.

Des "tranches de Jupiter" obtenues grâce à l'un des instruments de Juno, destiné à étudier l'intérieur de l'atmosphère jovienne. La tranche supérieure, elle, nous provient de Cassini (lors de son survol en 2000). Crédits : NASA/JPL-Caltech/SwRI/GSFC
Des « tranches de Jupiter » obtenues grâce à l’un des instruments de Juno, destiné à étudier l’intérieur de l’atmosphère jovienne. La tranche supérieure, elle, nous provient de Cassini (lors de son survol en 2000). Crédits : NASA/JPL-Caltech/SwRI/GSFC

Les caprices de Juno

On va continuer à se faire du mal avec une mauvaise nouvelle en provenance de Jupiter. La semaine dernière, nous apprenions que Juno ne procéderait pas à la manœuvre prévue pour réduire son orbite lors de son passage à proximité de la géante gazeuse, le 19 octobre. Au moins, nous disions-nous, cela n’empêcherait en rien la récolte de précieuses données. Manque de bol, la sonde américaine a eu la mauvaise idée de se placer automatiquement en « mode sans échec » (« safe mode ») la veille de son survol, empêchant tout travail scientifique lors du passage au-dessus des nuages joviens. La NASA précise sur son site officiel que cette opération automatique s’est déroulée normalement et que la sonde demeure en bon état, mais il s’agit maintenant de comprendre pourquoi l’ordinateur de bord a décidé de redémarrer à un peu plus de treize heures du survol, mettant tous ses instruments hors service au moment crucial. Une dose de stress supplémentaire pour l’équipe responsable de Juno, qui cherche en sus à comprendre ce qui pose problème avec le système de propulsion de la sonde.

Deux taïkonautes en orbite

Du côté de la Chine, les nouvelles sont bonnes. La capsule Shenzhou 11 a décollé avec succès en début de semaine, au sommet de la fusée Longue Marche 2F. À son bord, les taïkonautes Jing Haipeng et Chen Dong, qui ont rejoint la station spatiale chinoise Tiangong-2 ce 19 octobre (décidément une date très chargée) après un voyage de deux jours à bord de la capsule. La manœuvre d’arrimage entre cette dernière et le module de la station s’est bien déroulée, ce qui est un succès pour un pays comme la Chine, nettement moins habituée à ce genre d’opérations que la Russie ou les États-Unis. Si tout se passe bien, les deux taïkonautes resteront à bord jusqu’au 14 novembre, mettant fin au plus long séjour dans l’espace réalisé par des Chinois.

Beaucoup de mouvement du côté de l’ISS

Ce 19 octobre marquait aussi le décollage trois personnes à bord d’une capsule russe Soyouz. Il s’agit de l’Américain Shane Kimbrough et des Russes Sergueï Ryzhikov et Andrei Borisenko, dont le vol à destination de la station spatiale internationale avait été reporté d’un gros mois en septembre. Le trajet, d’une durée de deux jours, s’est bien déroulé et les trois nouveaux membres de l’Expédition 49 ont pénétré la station ce vendredi. Il y ont rejoint l’Américiane Kate Rubins, le Russe Anatoli Ivanichine et le Japonais Takuya Onishi. Si on y ajoute les Chinois Jing Haipeng et Chen Dong qui se trouvent à bord de Tiangong-2, il y a donc désormais huit personnes en orbite autour de la Terre !

La capsule Soyouz n’est d’ailleurs pas le seul engin à avoir fait route vers l’ISS cette semaine. En effet, lundi dernier, la fusée Antares, de l’opérateur privé Orbital ATK, a fait son grand retour en vol en propulsant avec succès une capsule cargo Cygnus vers l’ISS. Le vaisseau automatique a été capturé ce dimanche 23 octobre par Kate Rubins et Takuya Onishi (qui se sont servis du bras robotique Canadarm2) en vue de l’arrimage à la station. A son bord, comme d’habitude, toute une série de vivres et d’expériences scientifiques, certaines notamment consacrées à l’étude du feu en microgravité. L’expérience Saffire II, par exemple, sera déclenchée après le départ du Cygnus de la station. À la manière de Saffire première du nomil s’agira d’étudier le comportement d’un incendie au sein du cargo vide. L’expérience Cool Flames, elle, consistera à examiner la combustion de différents carburants produisant des flammes invisibles à basse température, mais pourtant bien présentes. Un nouveau système d’éclairage va aussi être installé dans l’ISS dans le but d’améliorer la santé de l’équipage et faciliter l’adaptation de leur corps aux cycles de travail à bord.

Crédits : NASA/Bill Ingalls
Crédits : NASA/Bill Ingalls
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