Bonjour ! Cette semaine, Blue Origin vole la vedette à SpaceX, dont on va quand même parler un peu avant de s’intéresser à Ariane 5 et de filer vers Mars.

Moment exact de l'allumage des moteurs de la capsule et donc de la séparation avec le booster. Source : blueorigin.com
Moment exact de l’allumage des moteurs de la capsule et donc de la séparation avec le booster. Source : blueorigin.com

New Shepard continue ses acrobaties

À côté des aventures aux accents hollywoodiens de SpaceX, Blue Origin continue ses progrès avec une régularité qui force le respect. Cette semaine, la société de Jeff Bezos a pu célébrer une double réussite à l’occasion du cinquième vol de sa fusée suborbitale réutilisable New Shepard. Il s’agissait cette fois de tester le système d’abandon de la capsule placé au sommet du booster. Celle-ci devant à terme abriter un équipage d’astronautes (principalement des touristes) pour des courts voyages suborbitaux, il est bien sûr nécessaire d’assurer leur sécurité. En gros, si le booster explose, ils ont intérêt à s’éloigner en vitesse de ce dernier. C’est précisément cela qu’a testé Blue Origin cette semaine en faisant voler pour la cinquième fois la même fusée New Shepard (qui avait donc déjà passé la frontière de l’espace à quatre reprises avant de revenir se poser verticalement). Bonne nouvelle pour eux, tout s’est très bien passé. En fait, les choses se sont apparemment beaucoup mieux déroulées que prévu. Non seulement le système de séparation de la capsule a parfaitement fonctionné (celle-ci a activé ses moteurs et s’est éloignée prestement avant d’atterrir à l’aide de parachutes), mais le booster a subi le choc sans broncher. Jeff Bezos ne s’attendait apparemment pas vraiment à récupérer sa fusée en bon état après une telle manœuvre, susceptible de la déséquilibrer sévèrement voire de la faire simplement exploser, mais celui-ci a continué son ascension tranquillement, puis est revenu se poser à proximité de sa rampe de lancement (pour la cinquième fois, donc). Brave bête. Il s’agissait d’ailleurs du dernier vol de l’engin, qui a gagné une retraite bien méritée. Notons aussi qu’une telle opération n’avait pas été réalisée depuis les années soixante et le programme Apollo. En mai 2015, SpaceX avait également testé la procédure d’abandon de sa capsule Crew Dragon (avec succès), mais sans utiliser de booster : la capsule avait directement décollé du sol à l’aide de ses rétrofusées, au lieu de se séparer d’une fusée en plein vol. Rappelons enfin, au passage, que Blue Origin a récemment dévoilé ses plans quant à la conception d’une fusée orbitale dénommée New Glenn.

Un des bâtiments de SpaceX à Cap Canaveral lors du décollage d'une fusée Falcon 9 le 18 juillet 2016. Domaine public.
Un des bâtiments de SpaceX à Cap Canaveral lors du décollage d’une fusée Falcon 9 le 18 juillet 2016. Source : https://www.flickr.com/photos/spacex

Enquête exclusive chez SpaceX

Cette semaine, Spacenews.com a publié une interview de la Présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, dans laquelle cette dernière revient sur l’enquête autour de l’explosion d’une fusée Falcon 9 le 1er septembre. Elle a notamment abordé les rumeurs de sabotage qui ont fleuri ces derniers temps (certains accusant même la société concurrente United Launch Alliance d’avoir provoqué la destruction du lanceur depuis le toit d’un de ses immeubles), déclarant que ce scénario n’était pas impossible, mais « absolument pas en haut de [sa] liste. » Si la cause de l’incident provient donc très probablement de SpaceX, et non pas d’un acteur extérieur, elle écarte l’idée, « incroyablement improbable », qu’elle puisse être la même que celle qui a provoqué la désintégration d’une autre fusée Falcon 9 en juin 2015. Par ailleurs, elle reste optimiste quant à une possible reprise des vols avant la fin de cette année. Sur un autre sujet, la question du prix à payer pour faire décoller un satellite sur une fusée déjà utilisée a été abordée : la réduction offerte aux clients de SpaceX prêts à placer leur chargement au sommet d’un tel booster sera de 10% dans un premier temps. Enfin, à la question de savoir si SpaceX ne serait pas en train de travailler sur trop de projets à la fois, Gwynne Shotwell a insisté sur le fait que ses priorités restaient le retour en vol de Falcon 9 (qui implique le ravitaillement de la station spatiale internationale par la capsule Dragon), le développement du Crew Dragon et celui de Falcon Heavy. Pour en revenir à la théorie selon laquelle l’accident du 1er septembre aurait été commandité par un acteur extérieur, le site Spaceflightinsider.com explique notamment qu’un sniper placé sur un toit n’aurait pas pu provoquer une telle explosion, mais qu’il semble effectivement bien plus probable qu’un système qui a déjà posé des problèmes à SpaceX dans le passé (voir par ici) en soit la cause. Toutefois, le même article évoque aussi les conditions de travail difficiles qui règnent au sein de la société californienne. Déjà la source de deux procès, on ne peut pas totalement exclure qu’elles puissent avoir éventuellement poussé certains à commettre un sabotage en interne.

Décollage d'Ariane 5 ce 7 octobre 2016, depuis Kourou. Crédits : ESA-CNES-ARIANESPACE / Optique vidéo du CSG - S Martin
Décollage d’Ariane 5 ce 7 octobre 2016, depuis Kourou. Crédits : ESA-CNES-ARIANESPACE / Optique vidéo du CSG – S Martin

Ariane 5 toujours au top

Brièvement, saluons le 74ème vol réussi d’affilée pour Ariane 5 (et le 88ème en tout), qui a placé cette semaine deux satellites de télécommunications (l’un indien et l’autre australien) en orbite. Ce faisant, elle a établi le record précédemment tenu par Ariane 4, qui a réalisé cette performance entre 1995 et 2003. En autant de vols, Ariane 5 a toutefois placé 24 satellites de plus en orbite que sa grande sœur. Durant cette mission, Arianespace a par ailleurs procédé à une expérience sur l’étage supérieur de sa fusée, en observant la façon dont se comporte le carburant se trouvant au sein de son réservoir d’hydrogène liquide lors d’une manœuvre en conditions de microgravité. Cette expérience a pris place dans le cadre du du développement d’Ariane 6, dont le vol inaugural est prévu pour 2020.

Du côté de Mars

Nous terminons avec des nouvelles de robots martiens, à commencer par la sonde indienne Mars Orbiter Mission (ou MOM, ou encore Mangalyaan) qui a fêté le 24 septembre dernier ses deux années passées en orbite autour de la planète rouge. Pour l’occasion, l’agence spatiale indienne ISRO (Indian Space Research Organisation) a rendu publiques les données récoltées par la sonde durant sa première année de recherche. On y apprend notamment qu’elle n’a pas détecté de méthane sur Mars, ce qui peut signifier qu’il n’y en a effectivement pas ou bien que son détecteur n’est simplement pas assez précis. Bien sûr, de belles images ont aussi été révélées, dont certaines peuvent être vues par ici. Quant à Curiosity, il a commencé ce 1er octobre une nouvelle extension de mission de deux ans et continue de se balader vers les hauteurs du « Mont Sharp » (plus officiellement connue sous le nom d’Aeolis Mons) à la recherche d’anciennes traces d’habitabilité. Ci-dessous, vous pouvez admirer un panorama comprenant deux mesas éloignées de 80 mètres chacune, dans la région des « buttes Murray. » Celle de gauche mesure 8 mètres de haut et se trouve à 100 mètres du robot de la NASA, tandis que celle de droite culmine à 10 mètres et se situe à 82 mètres du photographe. 

Crédits : NASA/JPL-Caltech/MSSS
Crédits : NASA/JPL-Caltech/MSSS
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