Bonjour ! Cette semaine, on a du lourd, du très lourd. Entre la fin de la mission Rosetta et la spectaculaire conférence d’Elon Musk, la possible découverte de panaches d’eau sur Europe passerait presque inaperçue. Bonne lecture !

L’adieu à Rosetta

Mosaïque d'images prises par Rosetta pendant sa descente, ce 30 septembre. Copyright ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA
Mosaïque d’images prises par Rosetta pendant sa descente vers sonsite d’impact, ce 30 septembre. Copyright ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Ce vendredi 30 septembre, la mission Rosetta s’est officiellement achevée avec l’impact contrôlé de la sonde européenne sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, qu’elle accompagnait depuis août 2014. Le voyage avait débuté en mars 2004, avec le décollage de la sonde et de l’atterrisseur Philae, à bord d’une fusée Ariane 5. Après un trajet de plus de huit ans, au cours duquel l’engin a profité de l’assistance gravitationnelle de la Terre et de Mars à quatre reprises, mais a aussi croisé l’astéroïde Šteins en 2008 et Lutèce en 2010 , Rosetta s’est mise en orbite autour de 67P/Tchourioumov-Guérassimenko le 6 août 2014. Quelques mois plus tard, en novembre, elle larguait Philae qui allait se poser de façon rocambolesque sur la comète. Cette mission européenne a été un grand succès à plus d’un titre : Rosetta est notamment le premier engin à s’être mis en orbite autour d’une comète, sans même mentionner le fait qu’elle y a largué un atterrisseur avec succès (malgré les déboires qu’a connus Philae par la suite). Durant ses 786 jours passés auprès de Tchouri, la sonde européenne a récolté une énorme quantité de données sur ce petit corps formé pendant les premiers temps du système solaire. Elle a évolué dans un environnement parfois difficile, notamment lorsque la comète se trouvait au plus proche du Soleil et connaissait des éruptions de gaz violentes qui l’ont occasionnellement mise en péril. Vu que Tchouri s’éloigne désormais du Soleil, Rosetta allait bientôt manquer d’énergie pour continuer à mener à bien sa mission, c’est pour cela qu’il a été décidé de la « sacrifier » en la faisant se poser sur Tchouri, et d’en profiter pour récolter une dernière fois de précieuses données. Rosetta s’est finalement posée dans la région de Ma’at ce vendredi, avant que l’agence spatiale européenne ne confirme la perte de contact définitive. C’est donc la fin d’une très belle mission européenne, qui sera suivie par d’autres aventures, à commencer par ExoMars, dont la première salve est actuellement en route vers la planète rouge, ou encore JUICE, qui doit décoller vers Jupiter en 2022 (pour l’atteindre en 2030, nous avons donc encore le temps).

Europe et ses panaches

Europe vue en ultaviolets par Hubble. Ce qui est interprété comme des panaches d'eau apparaît en bas à gauche et mesurerait 160km de haut. Crédits: NASA/ESA/W. Sparks (STScI)/USGS Astrogeology Science Center
Europe vue en ultaviolets par Hubble. Ce qui est interprété comme des panaches d’eau apparaît en bas à gauche et mesurerait 160km de haut. Crédits: NASA/ESA/W. Sparks (STScI)/USGS Astrogeology Science Center

Restons dans le domaine de l’exploration robotique en nous aventurant du côté d’Europe, une des lunes bien connues de Jupiter. Cette semaine, la NASA a révélé avec fracas qu’une équipe d’astronomes avait découvert la présence de panaches d’eau s’échappant de l’intriguant satellite, le tout en utilisant le télescope spatial Hubble (et plus précisément son spectrographe, qui capte les images en ultraviolet). Le site SpacePolicyOnline tempère toutefois l’information : les scientifiques responsables de cette recherche ont indiqué que cette dernière avait atteint les limites de ce que Hubble permet de réaliser et qu’il n’est pas absolument certain que ses résultats correspondent réellement à l’existence de panaches d’eau. Un certain scepticisme demeure donc, malgré l’enthousiasme entourant cette recherche. Rappelons que la NASA projette d’envoyer une sonde (éventuellement accompagnée d’un atterrisseur) à destination d’Europe dans les années 2020, et que la présence de panaches d’eau pourrait grandement faciliter l’étude de sa composition. Au lieu d’avoir à creuser sous la surface du satellite, la sonde n’aurait « qu’à » attraper quelques molécules au vol pour les analyser. Beaucoup de questions demeurent en tout cas au sujet d’Europe, une des principales candidates à l’habitabilité au sein du système solaire (avec Mars, Titan et Encelade, pour ne citer qu’elles), lesquelles alimentent les débats quant aux instruments scientifiques que transportera la future sonde américaine.

Le rêve dément d’Elon

Comparaison entre l'ITS et la mythique Saturn V qui a emmené des astronautes sur la Lune. Source : SpaceX
Comparaison entre l’ITS et la mythique Saturn V qui a emmené des astronautes sur la Lune. Source : SpaceX

Évidemment, nous ne pouvions pas passer à côté : Elon Musk a encore frappé. Comme annoncé il y a plusieurs mois, le fondateur de SpaceX a profité du 67ème congrès astronomique international qui s’est tenu au Mexique pour dévoiler plus en détail son projet le plus audacieux : l’Interplanetary Transport System (ITS), avec lequel il espère pouvoir envoyer des gens sur Mars par grappes de cent avant 2030, et à terme fonder une civilisation multiplanétaire. Rien que ça. Comme l’indique assez judicieusement Jason Davis sur le site de la Planetary Society, peu nombreuses sont les personnes qui peuvent aujourd’hui se permettre d’exposer un tel plan et continuer à être pris au sérieux. Bien sûr, son projet est un défi tellement monstrueux qu’il n’est pas sans soulever des centaines de questions et un scepticisme bien légitime. Mais d’ailleurs, qu’en est-il concrètement ? Durant sa conférence, l’ami Elon a dévoilé une énorme fusée à deux étages (« plutôt grande », pour le citer) : 122 mètres de haut (par comparaison, la plus grande fusée jamais construite, Saturn V, mesurait 111 mètres de haut), propulsée au décollage par 42 (une petite référence à l’ami Douglas Adams) moteurs de type « Raptor » que la société californienne conçoit depuis plusieurs années, pour remplacer à terme les moteurs « Merlin » actuellement utilisés par la fusée Falcon 9. Ce monument se divise donc en deux étages : un booster de 77,5m de haut (et 12 de large), et le vaisseau interplanétaire à proprement parler, de 49,5m de haut et 17 de large, capable d’embarquer une centaine de personnes et tout le matériel nécessaire pour filer jusque Mars profiter d’un voyage d’une durée allant de 80 à 140 jours, selon la position de Mars par rapport à la Terre à ce moment-là. Plus concrètement, l’engin décollerait depuis Cap Canaveral et utiliserait d’emblée l’entièreté de son carburant juste pour se placer en orbite. Pour l’étape suivante, un tanker basé sur le même design mais uniquement rempli de carburant, décollerait, s’arrimerait au vaisseau et le ravitaillerait (une étape susceptible d’être répétée plusieurs fois). Le booster, lui, serait déjà retourné se poser sur son pas de tir (à la manière de celui de Falcon 9). Tout, d’ailleurs, du booster au vaisseau en passant par le tanker, devrait être réutilisable. Plus précisément, Elon a évoqué un chiffre d’une douzaine d’utilisations pour le vaisseau interplanétaire, et jusqu’à mille pour le booster. Car oui, ambitieux, Elon Musk envisage jusqu’à 10.000 lancements de son Interplanetary Transport System durant les cent prochaines années, en vue de fonder une ville d’un million d’habitants sur Mars avant la fin de ce siècle. Une fois dans les environs de la planète rouge, le vaisseau pénétrerait dans l’atmosphère en utilisant l’aérofreinage et des rétrofusées avant de se poser verticalement. Quant au carburant nécessaire au retour, il serait fabriqué sur place, à partir de la glace martienne. Des questions ?

Un schéma de ce à quoi pourrait ressembler un voyage aller-retour de l'ITS sur Mars. Source : SpaceX
Un schéma de ce à quoi pourrait ressembler un voyage aller-retour de l’ITS sur Mars. Source : SpaceX

Elon Musk est également extrêmement audacieux au niveau du timing avec, en gros, des premiers tests orbitaux dès 2020 et les premiers vols réels dès 2024. Ça vous paraît dingue ? C’est normal, lui-même précise d’ailleurs qu’il s’agit du scénario idéal. Rappelons que, en parallèle, SpaceX développe toujours la fusée Falcon Heavy (dont le premier vol devrait avoir lieu « tôt l’année prochaine » après avoir été déjà reporté de plusieurs années) et la capsule Crew Dragon qui doit emmener des astronautes vers la station spatiale internationale, cela sans oublier les missions Red Dragon (l’envoi de capsules Crew Dragon inoccupées sur Mars) qui, officiellement, doivent toujours débuter dès 2018 (là aussi, dans un scénario idéal qui paraît quelque peu utopique). N’oublions toutefois pas une simple évidence : SpaceX n’a encore jamais envoyé qui que ce soit dans l’espace, sans oublier que deux de ses fusées Falcon 9 ont explosé inopinément en l’espace d’un peu plus d’un an (l’enquête est toujours en cours concernant celle du 1er septembre dernier). Tout cela, cependant, ne doit pas faire oublier les nombreux succès déjà engrangés par une société qui n’a même pas quinze années d’existence et a déjà prouvé sa capacité à faire fi des obstacles. Reste la question du coût de cet Interplanetary Transport System. En vue de le financer, SpaceX espère trouver des partenaires tant publics que privés, par exemple la NASA, avec laquelle la coopération se passe plutôt bien depuis plusieurs années dans le cadre du ravitaillement de l’ISS. Cependant, l’agence spatiale américaine développe de son côté son propre lanceur, le Space Launch System, et son propre vaisseau, Orion (qui paraissent au passage bien timides en comparaison) dans le même objectif avoué de se poser sur Mars. Cela ne ferait-il pas des deux entités des concurrentes plutôt que des partenaires, au moins dans ce domaine ? En tout, Elon Musk estime le coût total de développement de l’ITS à 10 milliards de dollars. Quant au prix du billet, il devrait revenir à 200.000 dollars par personne, ce qui paraît finalement assez peu, même si elle ouvre la voie à tout un tas de questionnements, dans un volet plus social.

Un tas d’écueils doivent donc être passés pour que ce rêve très élaboré devienne réalité ou pour éviter qu’il ne se transforme en cauchemar. Les questions sont nombreuses : comment, concrètement, le vaisseau fabriquera-t-il son carburant sur Mars ? Les astronautes seront-ils suffisamment protégés en cas d’éruption solaire, susceptible de les bombarder de radiations ? Quid de l’après-atterrissage ? Et pendant le trajet, qu’est-il prévu pour leur survie ? Le problème de la préservation de l’environnement martien ne manquera pas non plus d’être soulevée en cas de succès de cette entreprise, en supposant que tout se passe bien d’ici là. Une série de défis qui, apparemment, ne sont pas perçus comme insurmontables par Elon Musk, qui n’a de toute façon jamais caché son ambition de réussir à atteindre la planète Mars un jour (quoiqu’il ne cracherait pas non plus sur Europe ou Encelade). Pour ceux qui souhaitent plus de détails sur ce projet aussi fou qu’audacieux, un document officiel plein de chiffres et de schémas est disponible ici de même que l’entièreté de la présentation d’une heure en vidéo. On se quitte avec cette animation de l’Interplanetary Transport System en action, pleine d’émotion comme SpaceX sait si bien en faire.

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