Bonjour ! C’est une semaine agitée qui vient de s’achever, rythmée par des rumeurs, des explosions et des images éblouissantes. On revient donc sur les trois sujets brûlants de la semaine : Falcon 9 (ou ce qu’il en reste), un signal extraterrestre (ou pas) et Juno (bien évidemment).

Spectacle pyrotechnique à Cap Canaveral

Source : https://twitter.com/ShuttleAlmanac
Source : @ShuttleAlmanac

On peut reconnaître une chose à Elon Musk : qu’il le veuille ou non, sa société SpaceX rythme l’actualité spatiale de façon presque frénétique. On peut par contre se laisser aller sans risque à dire que l’explosion inopinée d’une fusée Falcon 9 sur son pas de tir à Cap Canaveral ce 1er septembre n’était pas au programme. Résumons d’emblée l’essentiel : la fusée a explosé durant la préparation d’un  « test statique » quelques jours avant la date prévue du décollage (la fenêtre de lancement devait s’ouvrir le 3 septembre). Si l’incident n’a pas fait de victime, le satellite de télécommunications israélien Amos-6 qui devait être mis sur orbite (et que Facebook comptait par ailleurs utiliser pour un de ses projets) a été perdu dans l’opération. Au fait, qu’est-ce qu’un test statique ? Il s’agit d’un bref allumage des moteurs de la fusée quelques jours avant son décollage réel, une pratique principalement utilisée par SpaceX (en tout cas sous cette forme). Jusqu’il y a peu, la société d’Elon Musk plaçait ses satellites sur le lanceur après ce fameux test, mais dans le cas présent il s’y trouvait malheureusement déjà, probablement par volonté de gagner du temps (on y reviendra, mais SpaceX fait face à un calendrier de lancements très serré). Vu que l’accident est survenu durant un test et non pas durant le décollage à proprement parler, il n’est d’ailleurs pas certain que l’assurance couvre la perte. La cause de l’explosion demeure inconnue jusqu’à présent, mais on sait que cette dernière est survenue à proximité du réservoir d’oxygène de l’étage supérieur. On ne sait par contre pas encore si l’incident est dû au lanceur lui-même ou aux infrastructures du pas de tir. Précisons également qu’il s’agissait d’une fusée « neuve », pas d’un booster précédemment récupéré. Si la première conséquence de l’explosion est la perte du satellite Amos-6, elle va également avoir toute une série d’effets secondaires, même si on ne peut pas encore vraiment en mesurer l’ampleur. On peut au moins signaler une « bonne nouvelle » : la sonde OSIRIS-REx, qui doit décoller dans quelques jours à destination de l’astéroïde Bennu, n’a pas été atteinte par l’explosion, qui s’est déroulée au Complexe de lancement 40 (Launch Complex 40) loué par SpaceX à l’U.S. Air Force. La sonde, elle, se trouvait à quelques kilomètres de là, au Complexe de lancement 41 (Launch Complex 41), à l’abri à l’intérieur d’un bâtiment, et son décollage n’est pas reporté.

Vue sur la fumée s'échappant du pas de tir après l'explosion de Falcon 9. Source : @cbs_spacenews
Vue sur la fumée s’échappant du pas de tir après l’explosion de Falcon 9. Source : @cbs_spacenews

D’autres questions se posent également. On peut par exemple supposer que les futurs vols de Falcon 9 vont être reportés, au moins le temps de déterminer la cause de l’anomalie, mais pour combien de temps exactement ? Pour rappel, SpaceX devait encore faire décoller 9 fusées d’ici la fin de l’année (y compris la mission Amos-6) pour respecter son calendrier très chargé. Ses clients risquent de ne pas forcément apprécier un nouveau report, d’autant qu’il s’agit tout de même de la seconde perte d’une fusée Falcon 9 et de son chargement en un peu plus d’un an. La mission Amos-6 était strictement commerciale, mais qu’en est-il de la NASA ? L’agence spatiale américaine a indiqué qu’elle « gardait confiance en ses partenaires commerciaux » (y compris SpaceX, donc), mais n’a pas encore précisé si des retards étaient à prévoir du côté du ravitaillement de la station spatiale internationale par les capsules Dragon par exemple (la mission CRS-10 est normalement prévue pour le mois de novembre). Autre question : qu’en est-il des infrastructures au sol ? Le pas de tir a subi des dommages, mais on ne connaît pas encore leur ampleur. En fait, il se dit que la compagnie californienne pourrait choisir d’effectuer ses prochains décollages depuis le Complexe de lancement 39A (célèbre notamment pour avoir servi pendant les missions Apollo), au sein du Kennedy Space Center. SpaceX loue ce pas de tir depuis avril 2014 et prévoit de l’utiliser pour faire décoller la future fusée Falcon Heavy et les missions habitées Crew Dragon à destination de l’ISS (qui décolleront justement à l’aide de fusée Falcon 9). Vu que ce complexe devrait être opérationnel en novembre prochain, cela pourrait tomber à point nommé. On peut par ailleurs se demander quel sera l’impact de cette explosion sur les missions habitées de SpaceX vers l’ISS et sur le premier vol de Falcon Heavy, jusqu’il y a peu toujours officiellement programmé pour cette année. Il faudra attendre les prochaines semaines et les conclusions de l’enquête en cours pour en savoir plus.  Quant aux fans de belles explosions, ils peuvent se faire plaisir en visionnant la vidéo ci-dessous.

Contact (ou parasite) ?

Le radiotélescope RATAN-600 d'où a été capté le fameux signal. Crédit :  nat-geo.ru
Le radiotélescope RATAN-600 d’où a été capté le fameux signal. Crédit : nat-geo.ru

Enchaînons avec un petit mot sur le fameux « signal SETI » (en référence à l’institut SETI, qui consacre ses travaux à la recherche d’une intelligence extraterrestre) qui a fait parler de lui en ce début de semaine. Pour résumer, une équipe d’astronomes a annoncé avoir détecté un signal « puissant » émanant de l’étoile HD164595, située à 91 années-lumière de la Terre. On sait par ailleurs que cette étoile est très similaire à notre Soleil et possède au moins une planète située proche de son étoile et que l’on pense semblable à Neptune (on dit qu’il s’agit d’un « Neptune chaud »). Pour ce qu’on en sait, cette dernière pourrait très bien posséder des satellites rocheux, et d’autres planètes pourraient se balader dans ce système : personne n’en sait rien. Alors, forcément, ça fait un peu rêver. Toutefois, il est important de préciser que le mystérieux signal n’a été capté qu’une seule fois (le 15 mai 2015) par un radiotélescope situé en Russie, et n’a plus été détecté depuis. L’idéal serait d’ailleurs qu’un signal similaire puisse être capté à partir d’un radiotélescope situé ailleurs sur Terre. De plus, comme l’indique par ici un membre de l’institut SETI, il ne faut pas perdre de vue qu’il pourrait tout à fait s’agir d’un simple parasite (provenant d’un satellite ou d’un avion, par exemple). Bref, avant de spéculer davantage, restons calmes et attendons surtout de voir si une détection de ce signal survient à nouveau. En attendant, il s’agit tout au plus d’un candidat « intéressant », mais l’institut SETI (qui observe désormais HD164595 avec attention, sans succès pour le moment) précise tout de même que « les chances qu’il s’agisse véritablement d’un signal venant d’extraterrestres ne sont pas terriblement prometteuses ».

Kate Rubins et Jeff Williams durant leur sortie, ce 1er septembre. Photo : Takuya Onishi
Kate Rubins et Jeff Williams durant leur sortie, ce 1er septembre. Photo : Takuya Onishi

Deux infos express

Jupiter se dévoile

Et on se quitte avec Juno ! Le 28 août, la sonde américaine a effectué le premier de ses 36 passages rapprochés auprès de la géante gazeuse Jupiter. La sonde est passée à 4200 kilomètres au-dessus des nuages joviens, et tout semble s’être bien déroulé. Il s’agit d’un soulagement étant donné les conditions extrêmes auxquelles Juno doit faire face. Cerise sur le gâteau, la NASA a finalement dévoilé les premières images de ce passage, des photos de Jupiter telles que nous n’en avons encore jamais vu ! Elles sont consultables par ici. On peut notamment admirer une superbe photo de son pôle Nord, que vous pouvez aussi voir ci-dessous.

Crédits : NASA/JPL-Caltech/SwRI/MSSS
Crédits : NASA/JPL-Caltech/SwRI/MSSS
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