Bonjour ! Le billet de cette semaine est principalement consacré à la découverte de Proxima b, l’exoplanète la plus proche jamais détectée, et aussi une des plus intéressantes ! On enchaînera avec un petit mot sur un nouveau projet chinois, avant de terminer avec le retour sur Terre d’une capsule Dragon.

Proxima b : une nouvelle voisine ?

La taille relative de divers corps spatiaux, y compris le Soleil, Proxima Centauri et la planète Jupiter. Crédit: ESO
La taille relative de divers corps spatiaux, y compris le Soleil, Proxima Centauri et la planète Jupiter. Crédit:
ESO

C’est une information qui va faire date : cette semaine, une équipe d’astronomes a révélé la découverte d’une exoplanète en orbite autour de Proxima Centauri, soit l’étoile la plus proche de notre Soleil ! Comme si cela ne suffisait pas, Proxima b (son nom actuel) se situe dans la zone d’habitabilité de son étoile et pourrait avoir une masse comparable à la Terre : ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas rien. Mais voyons cela plus en détail. Pour bien comprendre ce qui donne à cette découverte un caractère extraordinaire, il faut s’intéresser à la fois à Proxima Centauri, et aux données récoltées concernant son exoplanète. Commençons par l’étoile. Proxima Centauri fait partie d’un système ternaire. En fait, elle orbite autour du système composé d’Alpha Centauri A et B. Pour autant, elle en est très éloignée (0,1 année-lumière) et se trouve grosso modo à 4,3 années-lumière du Soleil. Son diamètre représente 14% de ce dernier, et sa masse 12%. Elle est bien plus froide et plus rouge, d’où le nom de sa catégorie : naine rouge. Pourquoi est-ce intéressant ? Parce que la planète Proxima b est très proche de son étoile : 7,3 millions de kilomètres (alors que la Terre est à 150 millions de km du Soleil) et effectue une orbite complète en environ 11 jours. C’est peu, oui, mais vu que Proxima Centauri est nettement moins lumineuse que notre Soleil, Proxima b se situe bel et bien dans sa zone d’habitabilité. Bon, évidemment, on va se calmer tout de suite : cela signifie que cette planète pourrait réunir les conditions nécessaires pour que de l’eau liquide s’y trouve, pas que la vie y prolifère forcément. C’est peu et énorme à la fois, car on n’en croise pas tous les jours, et encore moins autour de l’étoile la plus proche du Soleil !

Comparaison entre le système solaire et celui de Proxima Centauri. On constate que Proxima b est bien plus proche de son étoile que Mercure l'est du Soleil. Crédit: ESO/M. Kornmesser/G. Coleman
Comparaison entre le système solaire et celui de Proxima Centauri. On constate que Proxima b est bien plus proche de son étoile que Mercure l’est du Soleil. Crédit:
ESO/M. Kornmesser/G. Coleman

Mais creusons encore un peu. La masse minimum de Proxima b est estimée à 1,3 masse terrestre, mais pourrait être supérieure. Il y a cela dit de fortes chances (90%, à lire ce qui se dit par ici) que cette exoplanète fasse moins de 2,3 masses terrestres. Par contre, son diamètre reste inconnu, et par conséquent sa densité également. De même, sa composition est un mystère. Du coup, Proxima b pourrait tout aussi bien se révéler rocheuse que gazeuse, nous manquons tout simplement des données nécessaires pour en savoir plus à ce sujet. Pour autant, c’est l’optimisme qui prime. Selon Guillem Anglada–Escudé, qui dirige le projet Pale Red Dot (une équipe d’astronomes dont le but est précisément de détecter une planète autour de Proxima Centauri), il faut bien sûr être prudent, mais les chances que Proxima b soit rocheuse sont « très élevées. » Et la vie, alors ? Et bien nous n’en sommes pas encore là. Malgré sa situation idéale dans les parages de son étoile, nous pouvons tout au plus nous dire que ce n’est pas totalement impossible que la vie puisse s’y développer (ce qui n’est déjà pas mal). Il y a tout de même un souci : Proxima Centauri est une étoile connue pour dégager de violents rayonnements X et ultraviolets, qui pourraient avoir rendu la planète complètement stérile… sauf si, par exemple, elle possédait un champ magnétique suffisamment puissant pour s’en protéger.

Illustration du projet Pale Red Dot et des positions relatives des étoiles du système Alpha Centauri par rapport au Soleil. Crédit: ESO/Pale Red Dot
Illustration du projet Pale Red Dot et des positions relatives des étoiles du système Alpha Centauri par rapport au Soleil. Crédit:
ESO/Pale Red Dot

Pour une fois, cette découverte n’est pas à mettre au crédit du télescope spatial Kepler, mais plutôt de l’ESO (European Southern Observatory, ou Observatoire Européen Austral). Les astronomes en charge de la campagne Pale Red Dot ont utilisé plusieurs télescopes terrestres du réseau ESO pour étudier les oscillations provoquées par l’attraction gravitationnelle d’une éventuelle planète sur l’étoile Proxima Centauri. Il s’agit d’une méthode qui requiert une très grande précision et que la technologie ne permet que depuis plusieurs années. Pour encore augmenter leurs chances de découvrir une variation significative, les astronomes ont braqué leurs télescopes vers Proxima Centauri chaque nuit du 15 janvier au 1er avril, avec le résultat que nous connaissons. Notons que ce n’est pas la première fois qu’une annonce similaire est faite, mais que cette fois-ci les (mal)chances qu’il ne s’agisse que d’une fausse alerte sont très faibles et les spécialistes semblent d’accord sur le fait qu’il s’agit d’une découverte très convaincante. Et ensuite ? Il est nécessaire de récolter bien davantage de données sur Proxima b pour mieux la connaître. L’idéal, ce serait évidemment une observation directe, mais les technologies actuelles ne le permettent pas encore. Patience, donc. Sinon, c’est aussi l’occasion de jeter à nouveau un œil du côté de l’initiative Breakthrough Starshot, dont nous parlions ici, et de rêver un peu.

La Chine lorgne vers Mars

Un joli panorama de Mars à 360° pris par le rover Curiosity le 5 août 2016. Crédits : NASA/JPL-Caltech/MSSS
Un joli panorama de Mars à 360° pris par le rover Curiosity le 5 août 2016. Crédits : NASA/JPL-Caltech/MSSS

La Chine ne cache pas ses ambitions en matière spatiale et l’a à nouveau prouvé cette semaine : cette fois-ci, c’est la planète Mars qu’elle vise ! Leur nouveau projet n’implique rien de moins que l’envoi d’un rover (qui n’a pas encore de nom) sur la planète rouge dès l’été 2020. La Chine a déjà prouvé sa capacité à faire atterrir un engin sur un autre monde avec la mission Chang’e 3 et le rover Yutu, mais se rendre jusque Mars est une autre affaire. Leur unique tentative dans le domaine remonte à 2011 avec l’orbiteur Yinghuo 1, attaché à la sonde russe Phobos-Grunt (qui n’a malheureusement jamais quitté l’orbite terrestre). Cette fois-ci, plus question de faire équipe avec la Russie, c’est une fusée Longue Marche 5 qui propulsera l’engin en orbite, lequel devrait mettre environ 7 mois pour rejoindre Mars. En tout cas, 2020 sera une année chargée sur le front martien : le rover chinois s’ajoute aux décollages déjà prévus de l’Américain Mars 2020 (le frère de Curiosity) et de la mission euro-russe ExoMars 2020, qui comportera elle aussi un rover.

La minute SpaceX

Enfin, terminons avec la capsule Dragon, qui a été désamarrée vendredi de la station spatiale internationale par les astronautes Kate Rubins et Takuya Onishi, qui se sont servis du bras robotique Canadarm2. Quelques heures plus tard, la capsule de SpaceX (qui avait décollé le 18 juillet dernier) s’est posée avec succès dans l’océan Pacifique avec un peu moins d’une tonne et demie de matériel et d’expériences scientifiques, notamment dans le domaine de la biologie. Saluons par exemple les quelques souris qui ont participé au voyage après avoir passé plus d’un mois en orbite à des fins de recherche.

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