Bonjour ! Gros programme, cette semaine. On va tout d’abord s’intéresser à l’étoile de Tabby, dont le mystère s’épaissit un peu plus, avant de revenir sur le rover Yutu (est-il vraiment mort ?) et d’enchaîner avec quelques informations express (dont une à propos de SpaceX, parce qu’on ne s’en lasse pas).

L’étoile de Tabby fait (encore) des siennes

L'étoile de Tabby photographiée en infrarouge et en ultraviolet. Source : Wikipedia
L’étoile de Tabby photographiée en infrarouge et en ultraviolet. Source : Wikipédia

Vous vous souvenez de l’étoile de Tabby ? Si ce n’est pas le cas, filez donc jeter un œil à ce billet de novembre 2015, dans lequel nous revenions sur le phénomène qui l’a rendue célèbre. Rappelez-vous : de son vrai nom KIC 8462852, cette étoile située à 1480 années-lumière de nous a fasciné à peu près tout le monde à l’époque. La raison ? Les variations (trop) irrégulières de sa luminosité, découvertes par l’astronome américaine Tabetha Boyajian via le fameux télescope spatial Kepler. Ce dernier détecte habituellement des exoplanètes en repérant les variations périodiques de la lumière émise par une étoile, un bon moyen de deviner le passage d’une planète entre cette dernière et l’observateur. Or dans le cas présent, la lumière émise par l’étoile de Tabby nous parvient de manière très irrégulière et ses variations sont beaucoup trop importantes (une diminution de 15% par-ci, de 22% par là…) pour qu’il puisse s’agir d’une planète. De plus, aucune autre hypothèse (un nuage de comète par exemple) ne suffit pour l’instant à expliquer complètement ce qu’il en est, si bien que certains (et pas forcément des illuminés) se sont laissé aller à imaginer que ce phénomène pourrait être provoqué par une civilisation extraterrestre. Aucun signal radio en provenance de cette étoile n’a (malheureusement ?) été détecté : l’Institut SETI a pourtant utilisé l’Allen Telescope Array en octobre 2015 à cette fin, mais sans succès. Pour autant, cette hypothèse ne peut pas non plus être exclue à 100%, malgré son extravagance (et je vous renvoie sur la page Wikipédia consacrée au concept de sphère de Dyson).

Mais pourquoi revenir là-dessus maintenant ? Parce qu’il y a du nouveau, pardi. Une nouvelle étude scientifique, basée sur les observations faites par Kepler durant quatre ans, révèle que la lumière émise par l’étoile a chuté de 3% durant cet intervalle de temps, ce qui est énorme. Plus précisément, elle a d’abord diminué de 1% au long des trois premières années, puis carrément de 2% supplémentaires en seulement 200 jours. Les chercheurs ont vérifié si le phénomène ne pouvait pas provenir du télescope lui-même (ce n’est apparemment pas le cas) et ont jeté un œil à d’autres étoiles situées dans la même zone, mais rien de tel n’y a été observé. L’hypothèse la plus probable reste celle d’un nuage très dense d’astéroïdes ou de comètes, mais cela ne parvient pas encore à expliquer complètement cet étrange spectacle. Il y a plusieurs mois, une autre étude (très controversée) indiquait que l’étoile de Tabby avait perdu 19% de sa luminosité au cours du siècle dernier, le tout en se basant sur des photographies remontant jusqu’au 19ème siècle. Les données utilisées pour cette étude ont toutefois été sérieusement remises en question par d’autres scientifiques, il y a donc lieu d’être très prudent à ce sujet. Quoi qu’il en soit, il semble nécessaire d’observer davantage cette étoile, d’obtenir plus de données, si nous voulons en savoir plus sur ce phénomène. Ça tombe bien : Tabetha Boyajian compte s’y mettre sous peu. Le Réseau mondial de télescopes de l’Observatoire de Las Cumbres va être mobilisé pendant un an dans l’espoir de détecter une nouvelle variation de lumière produite par l’étoile de Tabby, et ainsi analyser l’ensemble de son spectre électromagnétique pour en comprendre davantage.

Yutu : pas si mort que ça ?

Yutu photographié par Chang'e 3 le 17 décembre 2013. Source : http://planetary.org/
Yutu photographié par Chang’e 3 le 17 décembre 2013. Source : http://planetary.org/ (cliquez sur le lien pour admirer plein de photographies de la mission Chang’e 3).

La semaine dernière, la presse spécialisée s’est largement fait écho du décès du rover chinois Yutu à la surface de la Lune, et on y était donc assez logiquement revenu par ici. Or il s’agissait peut-être bien d’une regrettable erreur. Emily Lakdawalla (de la Planetary Society) et Andrew Jones (de gbtimes.com) ont creusé l’information. A l’origine de leur doute : la date annoncée du décès, le 28 juillet. Leur raisonnement est simple : le 28 juillet marquant le début de la nuit lunaire (et son froid glacial), il aurait été impossible pour les équipes au sol de confirmer la mort de l’engin, vu que ce dernier aurait de toute façon coupé tous ses moyens de communication pendant deux semaines. En fait, il semblerait que le lapin de Jade ait simplement cessé ses opérations, de la même façon que lors de ses 32 nuits lunaires précédentes, et que l’information ait été surinterprétée un peu partout. Cette version des faits est confirmée par l’Administration d’État pour la Science, la Technologie et l’Industrie de la Défense nationale (ou SASTIND, une agence gouvernementale chinoise) et il est donc tout à fait possible que Yutu se réveille une nouvelle fois à la fin de sa 33ème nuit lunaire. Cela dit, cela ne doit pas nous faire oublier que le rover chinois est de toute façon très diminué : il est non seulement incapable de se déplacer depuis janvier 2014, mais en plus de cela tous ses instruments scientifiques sont hors service. En mars dernier, seul un télescope à ultraviolet fonctionnait encore sur le lander Chang’e 3 (qui transportait Yutu). Bref, qu’il soit définitivement décédé ou simplement en hibernation, Yutu appartient davantage à l’histoire de l’exploration spatiale qu’à son présent.

Quelques nouvelles en bref

 

Publicités