Bonjour ! Cette semaine, pas d’actualité à proprement parler, mais quelques coups d’œil vers l’avenir ou à ce qu’il pourrait ressembler. On commence par Mars, on enchaîne avec la Lune et on termine en Russie.

Vers l’orbite de Mars

Illustration de l'aspect possible du Mars Base Camp proposé par Lockheed Martin. Crédit : Lockheed Martin
Illustration de l’aspect possible du Mars Base Camp proposé par Lockheed Martin. Crédit : Lockheed Martin

L’année passée, nous nous étions intéressés au plan proposé par la Planetary Society pour envoyer des êtes humains sur Mars sans faire de folies (à savoir en respectant les contraintes budgétaires de la NASA). Cette feuille de route reposait en grande partie sur l’idée qu’il faudrait d’abord passer par une phase en orbite autour de la planète rouge, avant d’envisager de s’y poser réellement. Effectuer des opérations en orbite est en effet beaucoup moins dangereux que de chercher à atterrir, tout en continuant à offrir de nombreux avantages liés au fait de se trouver à proximité de la surface. Bref. Il s’avère que Lockheed Martin, partenaire de la NASA depuis de nombreuses années et principal constructeur du vaisseau Orion, est d’accord avec cette idée et souhaite la mettre en pratique. Elle a ainsi présenté les grandes lignes de son plan à l’occasion du sommet Humans to Mars organisé à Washington, ainsi que lors d’une commission parlementaire à la Chambre des Représentants. Concrètement, Lockheed Martin propose d’envoyer un laboratoire capable d’accueillir six personnes en orbite autour de Mars vers 2028. La société insiste sur le fait que l’architecture de son Mars Base Camp est basée sur des technologies existantes, à commencer par Orion.

Ligne du temps, très optimiste, proposée pour la mise en place du Mars Base Camp. Crédit : Lockheed Martin
Ligne du temps, très optimiste, proposée pour la mise en place du Mars Base Camp. Crédit : Lockheed Martin

En fait, la structure serait composée de deux capsules Orion (dont une serait utilisée comme backup), d’un habitat et de modules scientifiques (sans oublier les indispensables panneaux solaires). Certaines parties du vaisseau seraient expédiées et assemblées préalablement (et lancées à l’aide du Space Launch System), tandis que d’autres partiraient avec l’équipage. De plus, des instruments seraient également envoyés directement sur Mars : un rover, par exemple, destiné à être téléguidé depuis la station en orbite. Le téléguidage depuis l’orbite (encore testé récemment par l’astronaute Tim Peake, qui a téléguidé un rover sur Terre depuis la station spatiale internationale) pourrait en fait rendre la mission des rovers beaucoup plus efficace vu que le temps de latence entre l’envoi des ordres et leur exécution serait considérablement réduit. Bref. Si l’idée d’envoyer des hommes vers ou sur Mars semble faire son chemin aux États-Unis, n’oublions pas pour autant que Lockheed Martin n’a pas dévoilé de réels détails techniques concernant son projet ni ne s’est attardé sur les coûts de ce dernier. En pratique, la mise en place de ce plan pourrait démarrer dès l’Exploration Mission 2 (aux dans la première moitié de la décennie 2020) avec l’assemblage d’une base autour de la Lune, mais ce sont les décideurs américains qui choisiront, in fine, que faire de ces belles idées.

Ou vers l’orbite lunaire ?

La première capsule Cygnus attrapée par le bras de l'ISS Canadarm2, en 2013. Source : NASA
La première capsule Cygnus attrapée par le bras de l’ISS Canadarm2, en 2013. Source : NASA

De son côté, Orbital ATK a également formulé des suggestions aux Représentants américains. Cette fois, c’est la Lune qui est concernée. La société (issue, rappelons-le, de la fusion d’Orbital Sciences et d’Alliant Techsystems) propose en effet de fabriquer un habitat viable dans l’espace profond, et ce à partir de versions modifiées de ses capsules cargo Cygnus (envoyées régulièrement vers la station spatiale internationale pour transporter matériel, équipement scientifique et vivres). Là encore, le lanceur Space Launch System et Orion seraient mis à contribution pour la bonne marche de ce programme. Le laboratoire pourrait accueillir jusqu’à quatre personnes et servirait à l’étude de la Lune, mais aussi d’entraînement en vue de missions plus lointaines (une vision conforme au plan de la NASA, qui veut passer par une phase autour de la Lune avant de se diriger vers la planète Mars). Bien sûr, il ne s’agit que d’une proposition : Orbital ATK expose ainsi ce qu’elle estime pouvoir offrir au programme spatial américain. Après tout le succès de sa capsule Cygnus (dont on reparlera bientôt : l’une d’elles est actuellement amarrée à l’ISS et une expérience intéressante y sera menée sous peu) prêche en sa faveur. Cela dit, comme pour le projet de Lockheed Martin, tout cela ne restera qu’un joli plan si la volonté politique ne suit pas.

De Soyouz à Fédération

Le Kliper aurait pu ressembler à ceci. La capsule Fédération, elle, aura un design de capsule beaucoup plus conventionnel. Source : Wikipédia
Le Kliper aurait pu ressembler à ceci. La capsule Fédération, elle, aura un design beaucoup plus conventionnel. Source : Wikipédia

La Russie, elle, a commencé les tout premiers tests de son futur vaisseau Fédération, qui doit succéder au Soyouz. Rappelons au passage que la capsule Soyouz a effectué son premier vol en 1967 et que l’Union soviétique, puis la Russie, n’a pas utilisé d’autre engin habité depuis. On pourrait chipoter en évoquant l’unique vol, inoccupé, de la navette spatiale Bourane en 1988, mais le coûteux projet de construction d’une flotte de navettes spatiales soviétiques a été abandonné avec l’effondrement de l’URSS et n’a donc jamais été mené à son terme. Depuis plusieurs années, la Russie cherche ainsi à donner un successeur au Soyouz qui, s’il est très fiable, semble avoir fait son temps. Au milieu des années 2000, le projet Kliper (une espèce de petite navette réutilisable de type corps portant, à laquelle l’agence spatiale européenne aurait apporté sa participation) a un temps fait office d’héritier probable avant d’être annulé. Après avoir connu plusieurs évolutions, la capsule Fédération, construite par la société RKK Energia et dont le financement est uniquement assuré par la Russie (sans participation européenne) semble à présent sur les rails. Propulsée par une fusée de type Angara, l’engin devrait être capable d’atteindre l’orbite basse (y compris la station spatiale internationale) ainsi que la Lune, dans le cadre des ambitions lunaires de la Russie (lesquelles sont pourtant régulièrement remises en doute). La construction du vaisseau Fédération devrait commencer cet été et, si tout va bien, son premier vol survenir en 2023.

C’est tout pour cette semaine ! À bientôt !

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