Bonjour ! Cette semaine on prend principalement des nouvelles de deux télescopes spatiaux (dont un est en meilleur forme que l’autre), avant d’enchaîner avec deux informations express. Bonne lecture !

Hitomi le maudit

Quelques nouvelles du télescope japonais Hitomi, ou plutôt de ce qu’il en reste. Si les chances de voir l’agence spatiale japonaise (JAXA) reprendre la main sur leur engin sont faibles (voire inexistantes), on en sait plus sur ce qui a provoqué la perte de contact. En gros, il ne s’agit en rien d’une collision avec un objet extérieur, mais d’une chaîne d’événements internes qui ont conduit Hitomi à se désintégrer partiellement. À l’origine de l’incident, un instrument aurait signalé au télescope que celui-ci tournait sur lui-même alors qu’il se trouvait en fait en position stable. Les roues de réaction de l’engin se sont alors activées dans la direction opposée pour compenser le mouvement de rotation (en fait inexistant). Du coup, le satellite s’est réellement mis à tourner et la situation n’a alors fait qu’empirer progressivement, les panneaux solaires se retrouvant notamment incapables de s’orienter face au Soleil. On sait que le télescope a perdu plusieurs morceaux (certains jusqu’à 10 mètres de long) pendant l’incident, mais les ingénieurs tentent encore de sauver ce qui peut l’être, même si les chances de récupération sont désormais extrêmement faibles. Si la perte de ce télescope à rayons X très prometteur est confirmée, il s’agira en tout cas d’une réelle perte pour l’astronomie.

Une nouvelle tâche pour Kepler

Sur cette image, on distingue les zones ciblées par Kepler dans le cadre de sa mission K2. D'une part, la zone visée lorsque Kepler utilise la "technique du transit", et celle vers laquelle il a pivoté pour utiliser celle de la "microlentille gravitationnelle." Crédits: NASA Ames/W. Stenzel and JPL-Caltech/R. Hurt
Sur cette image, on distingue les zones ciblées par Kepler dans le cadre de sa mission K2. D’une part, la zone visée lorsque Kepler utilise la « technique du transit », et celle vers laquelle il a pivoté pour utiliser celle de la « microlentille gravitationnelle. » Crédits: NASA Ames/W. Stenzel and JPL-Caltech/R. Hurt

Notons que le fameux télescope américain Kepler, parfois surnommé le « chasseur d’exoplanètes », est lui aussi passé par une phase délicate au début du mois d’avril. Lancé en 2009 et situé à 120 millions de kilomètres de la Terre, le télescope s’est retrouvé en « mode urgence » quelques heures à peine avant le lancement d’une nouvelle campagne scientifique. Fort heureusement, la NASA est rapidement parvenue à gérer le problème et l’engin a finalement repris le cours normal de ses opérations scientifiques le 22 avril. On ne connaît pas encore avec certitude la cause de l’incident, mais aucun dommage n’a en tout cas été constaté sur l’appareil (et c’est tant mieux). L’agence spatiale américaine compte à présent utiliser Kepler pour tenter une expérience nouvelle : repérer des exoplanètes à l’aide du phénomène de « lentille gravitationnelle. » Du coup, profitons-en pour nous attarder un peu sur cette nouvelle campagne de recherche, qui pourrait bien s’avérer très prometteuse. Comme l’explique la NASA sur son site officiel, la plupart des exoplanètes déjà découvertes (plus de cinq milles) orbitent à proximité de leur étoile (la durée de leur orbite va généralement entre quelques jours et une année terrestre). Cela est essentiellement dû à la façon dont nous nous y prenons actuellement pour repérer les planètes en question (l’idée est de détecter une baisse de luminosité d’une étoile, dont le passage d’une planète entre l’observateur et la source de lumière serait responsable : c’est la technique du transit astronomique).

Cette animation illustre l'effet provoqué par le passage d'un corps massif entre une étoile lointaine et un observateur : la gravité du corps massif "distord" la lumière, qui fait apparaître l'objet lointain de manière déformée ou dédoublée. Crédits : Credits: NASA Ames/JPL-Caltech/T. Pyle
Cette animation illustre l’effet provoqué par le passage d’un corps massif entre une étoile lointaine et un observateur : la gravité du corps massif « distord » la lumière, qui fait apparaître l’objet lointain de manière déformée ou dédoublée. Crédits : Credits: NASA Ames/JPL-Caltech/T. Pyle

Or on sait (ne fut-ce qu’en prenant exemple sur notre propre système) que des corps peuvent évoluer bien plus loin de leur étoile que la Terre par rapport au Soleil, et que certaines planètes, dites « planètes errantes » se baladent hors de toute attraction stellaire. C’est pour cette raison que le télescope Kepler va se tourner vers le centre de la Voie lactée, notre galaxie. Mais qu’est-elle donc, cette technique de lentille gravitationnelle ? Il s’agit en fait d’exploiter la gravité des objets massifs, laquelle a pour effet de « distordre » la lumière. Dans le cas de la recherche d’exoplanètes, on parle en fait de phénomène de « microlentille gravitationnelle » (car la lumière produite par les corps recherchés est très faible). Sur Terre, les scientifiques vont donc mesurer la lumière produite par des étoiles lointaines, et tenter de repérer une soudaine variation de leur luminosité (un éclaircissement, par exemple) qui indiquerait le passage d’un corps entre le télescope et l’étoile  (comme sur l’animation ci-contre). Cette étude menée à l’aide de Kepler sera la première du genre et va servir de base pour un projet plus ambitieux : l’envoi du télescope WFIRST (pour Wide-Field Infrared Survey Telescope) qui, dans les années 2020, conduira le même genre d’expérience à plus grande échelle.

Infos express (pour terminer)

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