Bonjour ! Cette semaine, on parle de stations spatiales gonflables et de voyages interstellaires ! Un beau programme, en somme.

Illustration de l'intérieur d'un module B330. Source : bigelowaerospace.com
Illustration de l’intérieur d’un module B330. Source : bigelowaerospace.com

La semaine dernière, le module BEAM développé par Bigelow Aerospace décollait à destination de la station spatiale internationale, à laquelle il a été arrimé avec succès ce weekend (avant d’être complètement déployé fin mai prochain). Une nouvelle étape décisive pour cette société, qui ne compte pour autant pas s’arrêter là. En effet, il n’a pas fallu une semaine pour que Bigelow Aerospace et United Launch Alliance (ULA) annoncent un partenariat à l’occasion d’une conférence de presse, lundi dernier. Ce partenariat, qui n’implique pas (encore) de contrat formel, porte sur le lancement des futurs modules B330 développés par la société du milliardaire Robert Bigelow. Rappelez-vous, nous en avions parlé par ici il y a plus d’un an: alors que le BEAM offre un espace de 16m3, les modules B330 en offriront pas moins de 330 (d’où leur nom) et seront ainsi capable d’accueillir jusqu’à six personnes à la fois, tout en servant de base à d’éventuelles futures stations spatiales modulaires. Les applications potentielles d’un tel système sont nombreuses : le tourisme spatial est particulièrement mis en avant, mais on parle aussi d’applications scientifiques et industrielles (selon les clients qui se présenteront), sans compter que de tels modules pourraient aussi être utilisés pour des voyages spatiaux plus lointains.

Bigelow Aerospace envisage de terminer la construction ses deux premiers modules B330 d’ici 2020, c’est d’ailleurs là qu’intervient le partenariat avec United Launch Alliance. En effet, vu leur poids, les modules ne pourront être expédiés sur orbite que par la version plus puissante du lanceur Atlas V. ULA, qui construit et gère ce lanceur, a d’ores et déjà commencé à travailler sur cette possibilité. En parallèle, Bigelow Aerospace tente de persuader la NASA de les laisser arrimer un B330 à la station spatiale internationale d’ici la fin de la décennie. Selon Robert Bigelow, cette option (nommée XBASE, pour Expandable Bigelow Advanced Station Enhancement) permettrait d’augmenter de 30% l’espace disponible à bord de l’ISS, et pourquoi pas de prolonger sa durée de vie. Les B330 possédant leurs propres capacités de déplacement, le module pourrait éventuellement être détaché et continuer à fonctionner lorsque l’ISS sera abandonnée. Signalons au passage que le BEAM, actuellement arrimé à l’ISS, n’est pas le tout premier essai en orbite effectué par Bigelow : en 2006 et 2007, deux petites stations gonflables nommées Genesis I et II avaient déjà pris le chemin de l’espace à bord de fusées russes Dnepr. Complémentaire de SpaceX, Blue Origin ou autres Sierra Nevada Corporation, Bigelow Aerospace est clairement une société privée du domaine spatial à suivre de près. Si la mission BEAM est un succès, on risque d’entendre beaucoup parler d’eux durant la prochaine décennie.

Destination Alpha Centauri

Illustration du concept Breaktrough Starshot. Source : http://www.breakthroughinitiatives.org/
Illustration du concept Breaktrough Starshot. Source : http://www.breakthroughinitiatives.org/

À présent, parlons de voyages interstellaires. Cela peut paraître étrange alors qu’il faut actuellement neuf ans pour atteindre Pluton, mais le sujet est on ne peut plus sérieux. En effet, le milliardaire russe Iouri Milner, associé à des figures telles que Stephen Hawking, Freeman Dyson ou encore Mark Zuckerberg (pourquoi pas) a débloqué 100 millions de dollars pour financer des recherches dans un but aussi fou qu’ambitieux, à savoir envoyer un engin jusqu’à l’étoile la plus proche du Soleil : Alpha Centauri (qui est en fait un système composé de trois étoiles : Alpha Centauri A, Alpha Centauri B et Proxima Centauri, cette dernière étant réellement la plus proche du Soleil). Ce système est tout de même situé à 4,37 années-lumière de chez nous et il faudrait environ 30.000 ans pour l’atteindre avec nos moyens actuels. Or l’initiative Breakthrough Starshot (c’est son nom) ambitionne de révolutionner le voyage spatial en réduisant cette durée à une vingtaine d’années. Comment ? En fabriquant des « nano-sondes » ne pesant pas plus d’un gramme et bardés d’instruments hyper miniaturisés. Quant à la propulsion, c’est un système de voile solaire qui serait  utilisé. Une voile solaire ? Pour rappel (on en a beaucoup parlé l’année dernière à l’occasion du vol test du LightSail de la Planetary Society), il s’agit d’une voile qui, déployée dans l’espace, permet à un engin spatial de se propulser en s’aidant des photons qui vienne la percuter. Toutefois, dans le cas présent, la lumière du Soleil ne suffirait pas. À la place, ce sont des lasers puissants, placés sur Terre, qui serviraient à accélérer les nano-sondes à une vitesse équivalant 20% de celle de la lumière.

Illustration du LightSail testé l'année dernière par la Planetary Society. Source : http://sail.planetary.org
Illustration du LightSail testé l’année dernière par la Planetary Society. Source : http://sail.planetary.org

Le plan serait d’envoyer toute une flotte de nano-sondes, en espérant que quelques-unes parviennent à destination (et continuent leur chemin ensuite, vu qu’elles n’auraient pas la possibilité de décélérer). Au-delà de l’effet d’annonce, qui a de quoi faire rêver, il faut toutefois bien réaliser qu’on est encore très loin d’assister au lancement du premier voyage interstellaire. Les problèmes à résoudre avant d’en arriver là sont extrêmement nombreux. La construction des gigantesques rangées de laser nécessaires à la propulsion des nano-sondes en est un, sans compter le coût faramineux de l’entreprise. À propos de ce dernier, le physicien Philip Lubin (qui a travaillé sur le concept dans le cadre du programme NIAC de la NASA) estime toutefois qu’il va diminuer de manière exponentielle au fil des années et du perfectionnement des technologies impliquées. On ne demande qu’à le croire. Toujours est-il que les 100.000 millions de dollars débloqués par Iouri Milner ne concernent bel et bien que l’étape de recherche préliminaire. Si celle-ci s’avère positive, elle sera suivie par la construction d’un prototype, avant les premiers vols proprement dits. Ces deux étapes nécessiteront des financements bien plus importants quoi qu’il arrive, qu’ils soient publics ou privés. Les promoteurs du projet sont toutefois optimistes et estiment que le décollage de la première flotte de nano-sondes interstellaires est envisageable d’ici plusieurs décennies. Reste à savoir si nous vivrons assez vieux pour y assister. C’est d’ailleurs là-dessus que nous nous quittons : bonne semaine !

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