Bonjour ! Une fois n’est pas coutume, commençons ce billet par une courte vidéo :

Le premier étage de Falcon 9 après son atterrisage sur le drone Of Course I Still Love You. Source : SpaceX
Le premier étage de Falcon 9 après son atterrisage sur le drone Of Course I Still Love You. Source : SpaceX

Voilà ! Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on l’attendait depuis longtemps : ce vendredi, SpaceX a posé le premier étage de sa fusée Falcon 9 sur une plateforme automatique située en mer (Of Course I Still Love You de son petit nom, l’autre drone ayant été endommagée suite à l’échec du 6 mars dernier). Il s’agit du second gros succès de la société d’Elon Musk dans le domaine, après l’atterrissage au sol du 21 décembre 2015 (il s’agissait déjà d’un exploit, mais moins difficile à réaliser qu’en mer) et une série d’échecs dont la chronologie se trouve ici. Lors des quatre tentatives précédentes, le booster avait atteint sa cible à chaque reprise mais avait fini en morceaux. Un rapide bond à 27:15 dans cette vidéo, permet de réaliser l’enthousiasme que cela a pu générer dans les locaux de SpaceX. Après les récents succès de Blue Origin et de sa petite fusée New Shepard, on ne peut que constater que les sociétés privées progressent dans le domaine des lanceurs réutilisables. Après sa récupération, le booster de Falcon 9 sera placé verticalement sur une rampe de lancement à Cap Canaveral et SpaceX procédera à des mises à feu statiques pour vérifier son état. Si ce dernier est jugé bon, il pourrait alors décoller à nouveau en juin prochain. Du coup, le moment est venu de mettre à jour la chronologie établie en janvier (en gras, les nouvelles entrées) :

  • 10 janvier 2015: SpaceX tente de faire atterrir la fusée Falcon 9 sur une plateforme en mer. Échec.
  • 14 avril 2015: Nouvelle tentative, nouvel échec.
  • 29 avril 2015: Premier vol test réussi de la fusée New Shepard par Blue Origin, mais échec de son atterrissage.
  • 21 juin 2015: Désintégration en vol de Falcon 9. SpaceX voit tous ses vols annulés pour plusieurs mois, le temps de trouver l’origine de l’échec.
  • 24 novembre 2015: Blue Origin annonce avoir réussi le décollage puis l’atterrissage de la fusée suborbitale New Shepard.
  • 21 décembre 2015: Gros succès pour SpaceX qui réussi à faire se poser Falcon 9 au sol à Cap Canaveral, après une mission réussie.
  • 17 janvier 2016 : Nouvelle tentative de faire se poser Falcon 9 sur une plateforme en mer : échec.
  • 22 janvier 2016 : Blue Origin devient la première société à faire décoller puis atterrir la même fusée suborbitale à deux reprises.
  • 6 mars 2016 : Nouvelle tentative de faire se poser Falcon 9 sur une plateforme en mer : échec.
  • 2 avril 2016 : Blue Origin devient la première société à faire décoller puis atterrir la même fusée suborbitale à trois reprises.
  • 8 avril 2016 : Nouvelle tentative de faire se poser Falcon 9 sur une plateforme en mer : succès.
Le Dragon en approche de l'ISS ce dimanche 10 avril. Source : NASA TV
Le Dragon en approche de l’ISS ce dimanche 10 avril. On peut aussi apercevoir une partie du bras Canadarm2 en bas à droite. Source : NASA TV

Mais ce n’est pas tout ! Ce vol de Falcon 9 marque aussi le grand retour du Dragon, plus de huit mois après la désintégration de la fusée et la perte de la capsule lors de la mission CRS-7 (en juin dernier). Après un décollage sans problème, la capsule de ravitaillement inhabitée de SpaceX a rejoint la station spatiale internationale ce dimanche dans le cadre de la mission CRS-8Ce sont les astronautes Tim Peake et Jeff Williams qui l’ont capturée à l’aide du bras robotique Canadarm2. À bord de la capsule, plus de trois tonnes de provisions et de matériel, mais aussi des expériences scientifiques et un module très particulier, déjà évoqué par ici il y a un peu plus d’un an : le BEAM, pour Bigelow Expandable Activity Module.  Késako ? Il s’agit d’un module “gonflable” qui sera ajouté aux autres parties de l’ISS. Pourquoi gonflable ? En fait, comme le résume assez efficacement cette infographie (en anglais), ce module développé par la société Bigelow Aerospace doit être rempli d’air après avoir été amarré à la station (là encore, c’est le bras robotique Canadarm2 qui s’occupera de la manœuvre). Ainsi, après avoir occupé 3,6 mà bord du Dragon, il en offrira en fait 16 une fois gonflé. Le BEAM sera déployé sur l’ISS fin mai : il s’agira du premier essai « in situ » d’un tel système. Cette mission test, qui doit durer environ deux ans, servira notamment à éprouver sa résistance aux radiations et aux débris spatiaux. L’équipage de la station n’y entrera qu’à trois ou quatre reprises par an, pour quelques heures à chaque fois. Il s’agit donc clairement d’un module expérimental. Si l’essai est concluant, les perspectives ouvertes en termes de transport sont très intéressantes, que ce soit dans le cadre de futures stations orbitales ou de voyages lointains.

L'état actuel de l'ISS avec les six capsules amarrées. Source : NASA
L’état actuel de l’ISS avec les six capsules amarrées. Source : NASA

L’arrivée du Dragon ce dimanche marque à six le nombre de capsules amarrées à l’ISS : quatre russes (deux Soyouz et deux Progress) et deux américaines (Cygnus et Dragon). C’est d’ailleurs la première fois que les deux capsules privées américaines se trouvent amarrées au même moment à la station. En fait, cette dernière n’a accueilli autant d’engins qu’à une seule autre reprise dans son histoire : début 2011, lorsque deux Soyouz, un Progress, le cargo européen ATV, le cargo japonais HTV (ou Kounotori) et la navette spatiale Discovery (pour sa toute dernière mission) y étaient amarrées simultanément. Il s’agit aussi de la seule fois dans son histoire que la station a accueilli en même temps un engin développé par chacun de ses contributeurs (Russie, États-Unis, Europe et Japon).

Et pour se faire plaisir, on se refait l’atterrissage de Falcon 9 sous un autre angle.

Du côté de la Chine

Une fusée Longue Marche 2D au décollage le 28 septembre 2012. Crédit photo : Cristóbal Alvarado Minic
Une fusée Longue Marche 2D au décollage le 28 septembre 2012. Crédit photo : Cristóbal Alvarado Minic

Mardi, une fusée chinoise Longue Marche 2D a expédié le satellite ShiJian 10 sur orbite. Ce dernier a pour particularité d’être récupérable : après deux semaines passées en orbite basse, une capsule va s’en détacher et retourner se poser en Mongolie intérieure, tandis que le module orbital continuera son travail. Dépourvu de panneaux solaires, ShiJian 10 fonctionne sur batteries, a plus ou moins la forme d’un cône et pèse trois tonnes et demie. À l’intérieur : dix-neuf expériences scientifiques impliquant six universités chinoises ainsi que des collaborations avec l’agence spatiale européenne (ESA) et l’agence spatiale japonaise (JAXA). Ces expériences concernent une variété de domaines : physique des fluides, combustion en microgravité, effets biologiques des radiations et de la microgravité, sciences physiques, sciences de la vie… Bref, de quoi s’occuper. Comme l’explique Spaceflightinsider.com, le programme ShiJian (qui signifie simplement « expérimental ») date de 1971 et concerne des vols de démonstration et des missions scientifiques. La Chine envoie des satellites récupérables en orbite depuis 1975 : 24 ont été récupérés à ce jour. Quant aux missions du programmes ShiJian, elles sont récupérables depuis 2006.

Tourbillon sur Mars

Enfin, on se quitte avec cette superbe image prise le 31 mars dernier par Opportunity. On peut y observer un tourbillon de poussière (« dust devil » en anglais) vu depuis une crête tout juste gravie par le rover martien. Au passage, rappelons que ce dernier parcourt bon pied bon œil la planète rouge depuis plus de douze ans. Selon la NASA, le rover Spirit, observait régulièrement des tourbillons de poussière lorsqu’il opérait sur Mars (jusqu’en 2010), mais c’est beaucoup moins le cas pour son jumeau Opportunity.

Crédits: NASA/JPL-Caltech
Crédits: NASA/JPL-Caltech
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