Bonjour ! Cette semaine, on parle du dernier vol de Cygnus (un succès), on revient sur ExoMars (dont le succès aurait bien pu être anéanti), avant de s’intéresser au programme spatial russe (dont les ambitions sont mises en péril).

Quelques chanceux en train d'observer le décollage d'Atlas V avec Cygnus à son bord, à Cap Canaveral. Crédits : NASA/Ben Smegelsky
Quelques chanceux en train d’observer le décollage d’Atlas V avec Cygnus à son bord, à Cap Canaveral. Crédits : NASA/Ben Smegelsky

Les décollages en direction de la Station spatiale internationale s’enchaînent en ce moment. Ce mardi, c’est une fusée Atlas V qui a expédié une capsule Cygnus (de la société privée Orbital ATK) à destination de l’ISS. Il s’agit du deuxième vol de cette capsule cargo (inhabitée donc) dans sa version « augmentée », depuis la reprise des vols en décembre dernier (pour un petit rappel, c’est par ici). Comme d’habitude, elle contient le ravitaillement nécessaire au bien-être (et à la survie) des occupants de l’ISS (oxygène, eau, nourriture), mais aussi diverses expériences scientifiques, comme le « Gecko Stripper », un adhésif expérimental inspiré des pattes des geckos ou encore « Meteor », un instrument destiné à analyser la composition chimique des météorites qui se désintègrent dans l’atmosphère. Plus impressionnante, l’expérience « Saffire » fera sûrement parler d’elle en mai : lorsque le Cygnus sera désamarré de l’ISS, la NASA y déclenchera en effet un incendie. But de l’opération : étudier l’évolution des flammes à bord, ce qui pourrait être utile en cas de futures missions habitées de longue durée. Signalons encore que Cygnus transportait plus d’une vingtaine de CubeSats, qui seront largués dans l’espace à divers moments, mais aussi une nouvelle imprimante 3D et une combinaison spatiale. Le vaisseau est arrivé à bon port ce samedi : l’astronaute américain Tim Kopra et le Britannique Tim Peake l’ont capturé à l’aide du bras robotique Canadarm2, avant de procéder à l’amarrage. Notons enfin que des questions se sont posées quant au comportement du lanceur Atlas V : il semble que l’étage supérieur de la fusée, le Centaur, ait fonctionné une minute de plus que prévu. Spacenews.com (avec d’autres sites spécialisés) se demande s’il n’aurait pas agi ainsi pour compenser un arrêt prématuré du moteur principal du lanceur (cinq secondes trop tôt, environ). Cygnus a bel et bien atteint sa cible, ce qui est un succès. Toutefois, United Launch Alliance, qui fabrique Atlas V, a reporté le prochain vol de sa fusée, le temps de déterminer l’origine de l’anomalie.

Sur cette illustration, on peut voir l'étage Briz-M, à gauche, toujours attaché à ExoMars. Source : https://twitter.com/RussianSpaceWeb/status/709313973481377793
Sur cette illustration, on peut voir l’étage Briz-M, à gauche, toujours attaché à ExoMars. Source : https://twitter.com/RussianSpaceWeb/status/709313973481377793

Revenons un moment sur ExoMars, la mission euro-russe en route vers la planète rouge depuis la semaine passée. En effet, depuis quelques jours certains se demandent si la mission n’a pas échappé de peu au désastre, malgré un décollage tout à fait réussi la semaine dernière. C’est une photographie prise depuis la Terre (ou une animation, visible ici ou directement ci-dessous) qui a soulevé quelques questions, notamment posées par Anatoly Zak sur le site Popular Mechanics. Pour rappel, après le décollage initial, le dernier étage de la fusée Proton, nommé Briz-M, devait effectuer quatre poussées distinctes pour placer le duo Trace Gas OrbiterSchiaparelli sur sa trajectoire vers Mars. Cela fait, le Briz-M devait se séparer de la sonde et accélérer dans une autre direction, histoire de se trouver sur une toute autre trajectoire et ne pas filer droit vers la planète rouge. Sauf que l’animation en question montre une série de fragments qui ne devraient pas exister et qui laissent penser que le Briz-M a tout simplement explosé peu de temps après la séparation avec la sonde. L’auteur de l’article s’inquiète : si la sonde était à proximité lors de l’explosion, comme pourraient le laisser croire les images, en a-t-elle souffert ? En fait, il semblerait que non. L’agence spatiale européenne a publié un article sur son site dans laquelle elle affirme que « le Trace Gas Orbiter fonctionne parfaitement. » Selon Michel Denis, directeur de vol de la mission ExoMars, « l’injection orbitale a été extrêmement précise » et « un premier examen des systèmes de la sonde n’a pas révélé de problème ». En fait, un seul problème mineur a été détecté : une augmentation anormale de la température au sein du moteur principal de la sonde, rapidement réglé en modifiant son orientation. De plus, comme le rapporte Space Flight Now, ExoMars ne serait en fait pas présente sur les images capturées depuis la Terre, alors qu’on craignait au début que la sonde se balade au milieu des débris du Briz-M. Une analyse supplémentaire a révélé que la sonde se trouvait déjà beaucoup plus loin lorsque les images ont été prises. Du coup, l’explosion, « si elle a eu lieu » précise Michel Denis, n’a posé aucun risque pour la sonde, ce que semblent confirmer les premières vérifications. Les quatre instruments scientifiques de l’engin doivent cependant être testés le 4 avril prochain.

La station spatiale internationale complétée, avec les trois modules russes supplémentaires évoqués dans le billet. Source : http://www.russianspaceweb.com/nem.html
La station spatiale internationale complétée, avec les trois modules russes supplémentaires évoqués dans le billet. Source : http://www.russianspaceweb.com/nem.html

Anatoly Zak, encore lui, décortique par ailleurs le programme spatial russe pour la décennie 2016-2025, sur le site de la Planetary Society. Résumons-le. L’auteur affirme d’emblée que le document, et le budget associé, n’est que « l’ombre » de ce qu’il était au printemps 2014 (lors du début de sa conception), y voyant une conséquence de la récession dans laquelle est plongée l’économie russe depuis lors. Alors que le programme donne la priorité aux satellites de télécommunication et de diffusion, les autres domaines ne sont heureusement pas oubliés. La station spatiale internationale, par exemple, n’est pas abandonnée. On savait que les Russes avaient prolongé leur participation au programme jusque 2024, on apprend qu’ils n’ont pas non plus renoncé à la compléter. Enfin presque. Trois modules russes doivent, théoriquement, encore prendre le chemin de l’ISS : le premier est un « laboratoire multifonctions » surnommé « Nauka », le deuxième un « nœud » disposant de six ports d’arrimage et le troisième est un module qui servirait à la fois de laboratoire et de générateur d’énergie. Si l’on en croit les propos du dirigeant de Roscosmos, Igor Komarov, seuls les deux premiers mentionnés ont cela dit une chance d’atteindre l’ISS un jour. Ils doivent en plus être améliorés pour fonctionner indépendamment lors de la désorbitation de la station (ce qui pourrait ralentir leur décollage). Et la Lune, dans tout ça ? Un alunissage habité est toujours prévu pour les environs de 2030, mais la construction d’une fusée géante capable d’y parvenir a été reportée : rien n’est donc moins sûr (on l’évoquait déjà ici). Dans l’intervalle, des missions robotiques sont toujours au programme, mais plus aucune date n’est précisée. L’article indique par ailleurs que, concernant les lanceurs, la priorité sera donnée aux familles Soyouz et Angara (actuellement en développement, les lanceurs Angara doivent, à terme, remplacer les Proton).

On notera que les informations concernant le programme spatial russe varient régulièrement et qu’il est assez difficile de s’en faire une idée claire (il n’est par exemple plus question ici du lanceur Fenix pourtant évoqué en janvier dernier). On peut mettre cela sur le compte d’une certaine opacité de la communication (après tout, la NASA est passée maître dans ce domaine et il est difficile de l’égaler), mais aussi sur le fait que les ambitions russes sont très dépendantes des fluctuations économiques, qui leur sont plutôt défavorables en ce moment. Les objectifs et les budgets sont donc susceptibles d’être modifiés à tout moment, malgré les annonces parfois fracassantes. Pour finir, ajoutons deux autres points importants présents dans l’article d’Anatoly Zak : le développement d’un nouveau vaisseau habité destiné à remplacer la capsule Soyouz (avec, pourquoi pas, un premier vol habité vers l’ISS en 2023) et l’ambition d’effectuer, à terme, tous les décollages de vols habités à partir du futur cosmodrome de Vostochny, et non plus de Baïkonour (situé sur le territoire du Kazakhstan).

On se quitte là-dessus ! À la semaine prochaine !

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