Bonjour ! Au programme de cette semaine : exploration martienne (ça faisait longtemps), entraînement au sol, futures missions habitées et anniversaires à commémorer. Bonne lecture !

Photo d'InSight avec ses panneaux solaires déployés, prise le 30 avril 2015. Crédits : NASA/JPL-Caltech/Lockheed Martin
Photo d’InSight avec ses panneaux solaires déployés, prise le 30 avril 2015. Crédits : NASA/JPL-Caltech/Lockheed Martin

Bonne nouvelle pour les amoureux de Mars : l’atterrisseur américain InSight, qui aurait dû décoller ce mois-ci à destination de la planète rouge, partira finalement en 2018. Comme expliqué en décembre, des fuites au sein d’un des deux principaux instruments scientifiques de l’engin, un sismomètre développé par l’agence spatiale française (le CNES) avait condamné la mission à être reportée sine die.  Le nouveau décollage est désormais prévu pour le mois de mai 2018, avec une arrivée sur la planète rouge en novembre de la même année. D’ici là, le Jet Propulsion Laboratory et le CNES vont devoir collaborer pour concevoir un nouveau sismomètre, et certains se demandent si deux années seront suffisantes pour y parvenir. Ce doute mis à part, il s’agit d’une information plutôt positive étant donné que, mis à part son outil défectueux, InSight est totalement prête à fonctionner. Depuis décembre, la mission était pourtant suspendue et il n’était pas garanti que l’atterrisseur quitte la Terre un jour. La NASA n’a cela dit pas donné davantage de précisions quant au coût réel de ce report. InSight fait partie du programme Discovery, dont un ou deux nouveaux projets devraient être sélectionnés d’ici la fin de l’année (y compris, parmi les cinq projets en compétition, deux propositions de mission vers Vénus). Avec ce report, on pourrait craindre que la NASA décide finalement de ne choisir qu’un projet (pour compenser les coûts supplémentaires d’InSight), mais la possibilité d’en sélectionner deux malgré tout n’a pas été écartée. Croisons les doigts. Notons que, ce mois-ci, un engin quittera bel et bien la Terre à destination de la planète Mars : il s’agit de la mission russo-européenne ExoMars (qui comprend l’atterrisseur Schiaparelli), dont nous avons déjà parlé et sur laquelle nous aurons largement l’occasion de revenir dans les prochaines semaines. Si tout va bien, nous aurons donc bel et bien notre dose de planète Mars cette année !

Scott Kelly, à gauche, et Mikhaïl Kornienko, à droite, lors de leur 300ème jour à bord de l'ISS, le 21 janvier 2016. Crédit : NASA
Scott Kelly, à gauche, et Mikhail Kornienko, à droite, lors de leur 300ème jour à bord de l’ISS, le 21 janvier 2016. Crédit : NASA

À propos de Mars, vous pensiez que les astronautes de retour de la Station spatiale internationale se la coulaient douce après leur atterrissage ? Et bien, détrompez-vous. Prenons l’exemple du cosmonaute russe Mikhail Kornienko, revenu sur le plancher des vaches la semaine dernière après avoir passé presque un an dans l’espace (en compagnie de l’Américain Scott Kelly, qui prendra sa retraite de la NASA le mois prochain). À peine revenu, le cosmonaute a été soumis à une véritable simulation d’un atterrissage sur la planète rouge. L’idée était de vérifier les réactions du corps à un tel effort après une période de longue durée en microgravité. Au menu : un passage dans une centrifugeuse pour simuler un atterrissage sur Mars en mode manuel, et une « marche sur Mars » simulée grâce à une combinaison suspendue pour imiter la gravité à laquelle serait soumis un humain sur Mars (environ un tiers de la gravité terrestre), et diverses activités triviales telles que : ouvrir un sas, emprunter une échelle, déplacer des équipements ou encore mettre en place des expériences. Enfin, Mikhail Kornienko s’est entraîné à déplacer un rover à distance sur différents types de terrain. Les mêmes épreuves ont été endurées par Sergei Volkov, qui venait lui aussi de revenir d’un séjour dans l’espace (mais deux fois moins long), et Aleksandr Misurkin (qui ne revenait pas de l’espace, mais a fait un séjour dans l’ISS en 2013 pour les Expéditions 35 et 36). L’idée était de comparer leurs performances, et le rapport a conclu qu’ils ont tous les trois été capables de s’occuper des tâches qui leurs étaient confiées.

Illustration de ce à quoi devrait ressembler l'ARM à la fin. Tout à gauche, l'astéroïde capturé par la sonde robotique, à laquelle est arrimée la capsule habitée Orion (sur la droite, avec les panneaux solaires). Crédit : NASA
Illustration de ce à quoi devrait ressembler l’ARM à la fin. Tout à gauche, l’astéroïde capturé par la sonde robotique, à laquelle est arrimée la capsule habitée Orion (sur la droite, avec les panneaux solaires). Crédit : NASA

Du côté de la NASA, on annonce un autre report. Celle-ci n’est pas vraiment une surprise tellement l’agence spatiale américaine est coutumière du fait : il s’agit de l’Asteroid Redirect Mission (ou ARM) dont les deux composantes, robotiques et humaines, ont chacune été reportées d’un an. Selon le nouveau calendrier (qui reste provisoire), la mission robotique (Asteroid Redirect Robotic Mission, ou ARRM) à destination d’un astéroïde devrait décoller en décembre 2021, au lieu de 2020. Pour rappel, il s’agira d’envoyer une sonde détacher un morceau d’astéroïde pour l’emporter du côté de la Lune. Une fois déplacé, le morceau d’astéroïde sera rejoint quelques années plus tard par des astronautes : il s’agira de l’Asteroid Redirect Crew Mission (ou ARCM). Cette mission, précédemment prévue pour décembre 2025, est à présent prévue pour décembre 2026. Les astronautes prendront place à bord d’une capsule Orion, elle-même propulsée par le futur Space Launch System. Initialement, lorsque les premiers plans de l’ARM ont été révélés, il aurait dû s’agir de la première mission habitée impliquant ces nouveaux engins : l’Exploration Mission 2. À l’époque, la mission robotique devait décoller en 2017 et les astronautes rejoindre l’astéroïde en 2021. Vu les nombreux reports, il est certain que d’autres missions habitées prendront place avant l’Asteroid Redirect Crew Mission (qui pourrait être l’Exploration Mission 5 ou 6). En tout cas on ne peut que l’espérer pour la crédibilité de la NASA. Quant à l’Exploration Mission 2, il s’agira d’une mission habitée aux alentours de la Lune qui décollera « au plus tôt en 2023 » si l’on en croit ce blog bien documenté (et en français, ce qui ne gâche rien).

Mars Reconnaissance Orbiter a notamment permis de capturer l'atterrissage de la sonde Curiosity sur Mars, le 6 août 2012. Crédits : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona
Mars Reconnaissance Orbiter a notamment permis de capturer l’atterrissage de la sonde Curiosity sur Mars, le 6 août 2012. Crédits : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona

Enfin, signalons deux anniversaires. D’une part, cela fait dix ans que Mars Reconnaissance Orbiter se trouve en orbite autour de la planète Mars : bravo à elle ! Au cours de la dernière décennie, la sonde américaine a pris de nombreuses photographies de la planète rouge, permettant notamment d’analyser la composition de sa surface (quels types de minéraux s’y trouvent, la présence de glace…). Elle sert aussi de satellite météorologique et de télécommunications (pour les sondes américaines présentes sur le sol martien). D’autre part, cela fait déjà un an que Dawn se trouve en orbite autour de la planète naine Cérès ! Tout au long de l’année précédente, la sonde a récolté tout un tas de données sur cet objet qui circule entre Mars et Jupiter, en se rapprochant progressivement de sa surface (elle a désormais atteint son orbite la plus basse). On se quitte donc avec cette vue d’Ahuna Mons (ci-dessous), une montagne que les scientifiques ne s’attendaient certainement pas à découvrir sur Cérès. Haute d’environ cinq kilomètres et longue de vingt, la structure est décrite comme l’une des plus énigmatiques de la planète naine et on ne sait pas ce qui a pu la former vu que Cérès n’est pas géologiquement active. Au rayon des autres mystères, on attend encore des nouvelles du cratère Occator et de ses zones brillantes : maintenant que Dawn se trouve sur son orbite finale, on devrait en savoir davantage sous peu.

NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA
NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA
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