Bonjour ! Pour ce soixantième billet (en autant de semaines), nous sommes gâtés ! Pendant que Blue Origin et SpaceX se chamaillent à coups de fusées réutilisables, on s’interroge sur la découverte d’une hypothétique neuvième planète dans le système solaire et on jette un coup d’œil aux ambitions de la Chine. Bonne lecture !

Tout allait bien... jusqu'au dernier moment. Source : SpaceX
Tout allait bien… jusqu’au dernier moment. Source : SpaceX

On le sait : Blue Origin et SpaceX se livrent à une course à l’espace d’un nouveau genre, qui a connu deux nouveaux développements cette semaine. Chronologiquement, c’est SpaceX qui a l’honneur d’ouvrir la séquence. Ça s’est déroulé le soir du 17 janvier : une fusée Falcon 9 avait la lourde charge de placer sur orbite le satellite océanographique Jason-3, construit par le CNES en collaboration avec la NASA et la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). De ce côté-là, il s’agit d’un nouveau succès pour la firme d’Elon Musk : le satellite, dont le job est notamment de mesurer l’élévation du niveau de la mer, a bien atteint son orbite. Là où ça a moins bien marché, c’est au niveau du retour de la fusée, qui devait se poser sur une plateforme située en mer. Si le booster a bien atteint sa cible au milieu d’une mer houleuse, un de ses quatre pieds ne s’est pas verrouillé correctement. Du coup : boum, la fusée s’est spectaculairement effondrée sur le drone qui devait l’accueillir, le tout dans une belle explosion. Philosophe, voire même ironique, Elon Musk a déclaré sur Twitter « qu’au moins les pièces étaient plus grosses cette fois » (référence aux échecs similaires de l’an passé), ajoutant qu’il ne s’agissait sûrement pas du dernier « désassemblage rapide imprévu » (RUD, pour Rapid Unscheduled Disassembly, un bien bel euphémisme si vous voulez mon avis). Il a même précisé plus tard qu’il prédisait 70% de réussite en 2016 et espérait 90% en 2017.  Nous sommes donc prévenus : SpaceX risque encore de nous gâter en explosions hollywoodiennes. C’est sympa de leur part.

Du côté de Blue Origin par contre, tout roule. En novembre 2015, on se souvient qu’ils avaient réalisé l’exploit de faire décoller puis atterrir la fusée suborbitale New Shepard, au nez et à la barbe de SpaceX (je vous renvoie ici pour comprendre la subtile différence entre ce qu’essayent d’accomplir les deux firmes). Ce vendredi, ils ont été plus loin en la réutilisant pour répéter la manœuvre, ce qu’ils sont véritablement les premiers à réussir. La fusée a atteint 101 kilomètres d’altitude avant de revenir se poser en douceur à proximité de son pas de tir, pendant que la capsule d’essai retombait à l’aide de parachutes. Un nouveau gros succès pour l’entreprise de Jeff Bezos, dont le but, comme pour Elon Musk, est de diminuer les coûts des vols spatiaux en pariant sur le réutilisable. Le tout est bien visible dans la vidéo ci-dessus, sur laquelle on peut aussi constater à quel point Blue Origin soigne sa communication.

Bon, ça commence à faire beaucoup d’informations, non ? Pour y voir plus clair, récapitulons les tentatives, couronnées ou non de succès, des deux entreprises rivales depuis 2015 :

  • 10 janvier 2015 : SpaceX tente de faire atterrir la fusée Falcon 9 sur une plateforme en mer. Échec.
  • 14 avril 2015 : Nouvelle tentative, nouvel échec.
  • 29 avril 2015 : Premier vol test réussi de la fusée New Shepard par Blue Origin, mais échec de son atterrissage.
  • 21 juin 2015 : Désintégration en vol de Falcon 9. SpaceX voit tous ses vols annulés pour plusieurs mois, le temps de trouver l’origine de l’échec.
  • 24 novembre 2015 : Blue Origin annonce avoir réussi le décollage puis l’atterrissage de la fusée suborbitale New Shepard.
  • 21 décembre 2015 : Gros succès pour SpaceX qui réussi à faire se poser Falcon 9 au sol à Cap Canaveral, après une mission réussie.
  • 17 janvier 2016 : Nouvelle tentative de faire se poser Falcon 9 sur une plateforme en mer : échec.
  • 22 janvier 2016 : Blue Origin devient la première société à faire décoller puis atterrir la même fusée suborbitale à deux reprises.
L'orbite possible de la "neuvième planète", et celle d'autres corps de la ceinture de Kuiper. Pour réaliser la distance, rappelez-vous que la Terre est à 1 unité astronomique du Soleil. Vous êtes autorisés à frissonner. Copyright : Nature
L’orbite possible de la « neuvième planète », et celle d’autres corps de la ceinture de Kuiper. Pour réaliser la distance, rappelez-vous que la Terre est à 1 unité astronomique du Soleil. Vous êtes autorisés à frissonner. Copyright : Nature

Changeons complètement de sujet. Les médias en ont beaucoup parlé cette semaine : une hypothétique « neuvième planète » se trouverait quelque part au fin fond du système solaire, bien au-delà de Neptune et de la ceinture de Kuiper. On se rappelle que Pluton a occupé cette place pendant 76 ans, avant d’être « rétrogradée » au statut de planète naine en 2006 (ce qui n’enlève rien à la splendeur de ses paysages). Alors, brièvement, que sait-on de cette planète ? Tout d’abord, qu’il s’agit avant tout d’une hypothèse. Cela dit, la possibilité qu’une « planète X » erre quelque part dans les confins du système solaire est loin d’être neuve et expliquerait les perturbations observées sur les orbites de certains objets de la ceinture de Kuiper, comme Sedna par exemple. Cette fois-ci, pourtant, l’article scientifique que l’on doit à Konstantin Batygin et Mike Brown va plus loin dans ses prédictions. Comparable à Neptune, la neuvième planète aurait environ dix fois la masse de la Terre, ne se trouverait jamais à moins de 200 unités astronomiques du Soleil (pour un petit rappel sur les unités astronomiques, c’est par ici) et mettrait plus de 10.000 ans à effectuer une orbite complète autour de notre étoile. Bref, un objet bien lointain dont le statut de planète ne susciterait pas le débat, vu la masse qu’on lui prête, mais qui risque d’être difficile à trouver. Jusqu’à présent, les deux chercheurs ont tenté de la repérer à l’aide du télescope Subaru, à Hawaii, sans succès. La mise en service du Large Synoptic Survey Telescope en 2022, au Chili, pourrait par contre débloquer la situation.

Schéma de la station Tiangong-1 (à gauche), à laquelle est arrimée une capsule Shenzhou (à droite). Source : Wikipédia
Schéma de la station Tiangong-1 (à gauche), à laquelle est arrimée une capsule Shenzhou (à droite). Source : Wikipédia

On enchaîne avec la Chine, qui ne sera pas en reste cette année. En effet, elle prévoit entre autres choses de mettre sur orbite une nouvelle station spatiale en 2016. Tiangong-2 succédera ainsi à Tiangong-1, lancée en 2011 et visitée par deux équipages de 3 personnes (en 2012 et 2013) avant d’être mise hors service. Composée d’un seul module, la station devrait être occupée dès cette année par des taïkonautes, qui la rejoindront à l’aide la capsule spatiale Shenzhou (très inspirée par la capsule russe Soyouz). Si l’annonce est suivie d’effet, il s’agirait de la sixième fois que la Chine envoie des taïkonautes dans l’espace (la première, c’était en 2003). Bien sûr, la taille des modules Tiangong reste incomparable avec le monstre que représente la Station spatiale internationale, mais la Chine prévoit bel et bien la mise en service d’une station spatiale multi-modules au cours de la prochaine décennie. Patience, donc. En attendant, les Chinois comptent également de tester deux nouvelles fusées en 2016 : Longue Marche 9 et Longue Marche 5. Cette dernière sera capable de placer 25 tonnes en orbite basse, ce qui en ferait le lanceur chinois le plus puissant, comparable au Delta IV Heavy américain (lui-même lanceur le plus puissant actuellement opérationnel). Pour finir, signalons que la Chine a confirmé son intention de faire alunir Chang’e 4 (dont nous parlions ici) sur la face cachée de la Lune en 2018. S’ils y parviennent, ils seront les premiers à se poser de ce côté-là de notre satellite.

Enfin, félicitons chaleureusement la sonde américaine Juno ! Pourquoi ? Parce qu’il s’agit désormais de l’engin le plus éloigné du Soleil alimenté par celui-ci. Le record, de 792 millions de kilomètres, était précédemment détenu par la sonde européenne Rosetta. Avec ses trois panneaux solaires de neuf mètres de long, Juno atteindra Jupiter en juillet prochain, devenant ainsi la première sonde du genre à se placer en orbite autour d’une géante gazeuse (souvenez-vous : les autres sont alimentées par un générateur nucléaire).

On se quitte avec Miranda, une lune d’Uranus observée pour la première fois (et dernière à ce jour) en janvier 1986. Nous fêtons en effet les trente ans de l’arrivée de Voyager 2 dans les parages d’Uranus. Ça se fête !

Crédits: NASA/JPL-Caltech
Crédits: NASA/JPL-Caltech
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