En cette période de fêtes, nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle. On va commencer par la bonne, parce qu’on a quand même envie de se faire plaisir. La bonne nouvelle, donc, c’est ça :

Cette fusée ne décolle pas : elle atterrit en douceur. Source : SpaceX
Atterrissage en douceur. Source : SpaceX

Il se trouve en effet qu’Elon Musk a réussi son pari : faire atterrir verticalement le premier étage de sa fusée Falcon 9 en 2015, ce qui n’était pas gagné. Le vol de mardi était aussi le premier d’une version plus puissante du lanceur, ce qui qui devait justement servir à mieux contrôler la descente du premier étage. Une manœuvre réussie vu que celui-ci s’est posé en douceur à Cap Canaveral, à proximité de son pas de tir. On peut assez bien imaginer le soulagement qui prévaut au sein de la société californienne : après une première moitié d’année frénétique, marquée par de multiples décollages et deux tentatives d’atterrissages verticaux sur une plate-forme en mer (manqués de peu), l’explosion d’un lanceur en juin, conjuguée à la perte de la capsule Dragon qu’il transportait, a stoppé net les ambitions d’Elon Musk pour les mois suivants. Ces derniers ont tout naturellement été consacrés à la recherche de la source de l’incident (dont on parle ici), pendant que les équipes de SpaceX continuaient à mettre au point la version mise à jour de Falcon 9. Ensuite, il y a un mois, Blue Origin a surpris tout le monde en parvenant à faire atterrir verticalement son lanceur New Shepard au nez et à la barbe de SpaceX. De quoi faire enrager Elon Musk, qui ne s’est pas privé pour faire savoir qu’il visait un objectif plus ambitieux (expliqué plus en détails ici). Des images valant parfois mieux qu’un long discours, les deux tweets suivants permettent de comprendre simplement ce qui distingue les deux exploits, et pourquoi celui de SpaceX représente un progrès par rapport à celui de Blue Origin.

En gros, on constate surtout que les trajectoires suivies par les deux engins sont très différentes, et que leurs tailles ne sont pas non plus tout à fait les mêmes. Ce 21 décembre est donc à marquer d’une pierre blanche pour SpaceX, qui a rempli trois objectifs importants : l’atterrissage de son premier étage, bien sûr, mais aussi le retour en vol réussi de sa fusée Falcon 9 et la mise en orbite de 11 satellites de la compagnie Orbcomm. Comme le rappelle Spacepolicyonline.com, de nombreux autres clients (commerciaux et gouvernementaux) attendent à présent leur tour, maintenant que le véhicule de leur choix est à nouveau opérationnel. A plus long terme, il reste encore à savoir quelles seront les implications réelles de l’atterrissage réussi du premier étage. En effet, l’objectif avoué d’Elon Musk est de réduire les coûts des vols spatiaux en rendant les fusées au moins partiellement réutilisables. Dans cette optique, les faire revenir sur Terre est une première étape logique. Le nouveau défi, maintenant, hormis le fait qu’il s’agit de répéter cet exploit régulièrement, est de remettre le lanceur en état avec les mêmes garanties que s’il était neuf, et pour un coût moindre. Rappelons-nous d’une célèbre tentative de rendre les vols moins coûteux à l’aide d’engins réutilisables : la navette spatiale, dont le résultat fut désastreux d’un point de vue économique. Leur remise en état était en effet tellement onéreuse que les coûts de chaque vol ont explosé, faisant de la navette spatiale un véritable gouffre financier alors qu’elle devait permettre exactement l’inverse. L’espoir demeure concernant Falcon 9 car il s’agit d’un engin beaucoup plus simple que la navette spatiale, mais il reste encore beaucoup de travail à SpaceX pour réaliser le rêve d’Elon Musk : rendre les vols spatiaux fréquents et bons marchés.

En attendant, la vidéo complète du vol est disponible ici, tandis que vous pouvez en admirer une vidéo raccourcie et pleine d’enthousiasme ci-dessous.

Illustration d'InSight et de ses instruments scientifiques sur Mars. Le SEIS est visible sur la gauche. Crédits: NASA/JPL-Caltech
Illustration d’InSight et de ses instruments scientifiques sur Mars. Le SEIS est visible sur la gauche. Crédits: NASA/JPL-Caltech

Et la mauvaise nouvelle ? Elle concerne l’atterrisseur InSight, dont le décollage à destination de la planète Mars (prévu initialement en mars 2016 pour un atterrissage fin septembre) a été suspendu. Le destin final de la mission n’a pas encore été décidé : soit le vol sera reporté de 26 mois (soit vers mi-2018, ce qui correspond à la prochaine fenêtre de lancement vers la planète rouge) soit il sera définitivement annulé, ce qui serait un énorme gâchis. La cause du problème ? Une série de fuites dans un des deux principaux instruments scientifiques de l’engin : le SEIS (Seismic Experiment for Interior Structure), fourni par le CNES (l’agence spatiale française), qui devait mesurer l’activité sismique de Mars et ainsi aider à déterminer sa structure interne. Or il s’agit d’un instrument qui, pour être réellement opérationnel, doit fonctionner sous une pression atmosphérique extrêmement basse (presque dans le vide), et c’est là que le bât blesse. Des fuites avaient déjà été détectées à plusieurs reprises depuis le mois d’août dernier et on espérait le problème réglé, mais un ultime test négatif opéré ce 21 décembre a forcé la NASA et le CNES à suspendre le décollage. Impossible, en effet, de s’assurer que tout sera réparé d’ici le 30 mars prochain (dernier jour de la fenêtre de lancement qui commençait le 4) : cette décision, très difficile à prendre on l’imagine, est donc logique. A présent, le principal facteur concernant la survie ou non de la mission est le coût de stockage de l’engin pendant les deux années à venir (lesquelles seront aussi mises à profit pour réparer l’instrument défectueux). Si ce coût dépasse significativement un certain palier (qui correspond à celui d’une mission du programme Discovery, à laquelle InSight appartient), il n’est pas exclu qu’elle soit purement et simplement annulée. De plus, si la NASA décide de la maintenir, cela fera malgré tout d’autres malheureux, car il est très probable que la NASA décide de supprimer une mission du programme Discovery (une de celles évoquées ici, probablement) pour des raisons budgétaires. Voyons toutefois le bon côté des choses : le problème a été détecté alors que l’engin se trouvait toujours sur Terre. Sur Mars, une réparation aurait été quelque peu compromise. Quoi qu’il en soit, on peut toujours se consoler en se disant qu’il reste toujours un décollage à destination de la planète rouge prévu en mars prochain : celui du Trace Gas Orbiter, première partie du programme euro-russe ExoMars (dont on parlait par ici).

A présent, une volée d’informations concernant la Station spatiale internationale :

Voilà ! Il s’agissait d’une semaine un peu à l’image de cette année : bien chargée, pleine de hauts et de bas, durant laquelle il aura été beaucoup question de SpaceX, de Mars et de l’ISS. Et vu qu’il a aussi beaucoup été question de Pluton en 2015, on se quitte avec une belle photo prise par New Horizons. En espérant que ce suivi hebdomadaire de l’actualité spatiale vous a plu, je vous dis d’ores et déjà à l’année prochaine !

Des pleines et des cratères glacés sur Pluton. Credit: NASA/JHUAPL/SwRI
Des pleines et des cratères glacés sur Pluton. Credit: NASA/JHUAPL/SwRI