Bonjour ! La semaine écoulée a été bien chargée : on va s’intéresser à la manœuvre réussie de la sonde japonaise Akatsuki, au lancement de la capsule Cygnus et au voyage retour de trois astronautes, avant de terminer par un petit mot sur le Google Lunar XPrize. Bonne lecture !

Photo prise par l'imageur ultraviolet d'Akatsuki le 7 décembre dernier. Source : http://global.jaxa.jp/
Photo prise par l’imageur ultraviolet d’Akatsuki le 7 décembre dernier. Source : http://global.jaxa.jp/

Ils l’ont donc fait ! La manœuvre était incertaine et n’avait simplement jamais été tentée auparavant, mais les Japonais y sont parvenus : la sonde Akatsuki est désormais en orbite autour de la planète Venus, cinq ans après l’échec de sa première tentative d’insertion. A l’époque, une panne de son moteur principal avait condamné la sonde japonaise à errer autour du Soleil. Persévérante, la JAXA a alors décidé de contourner le problème : opérer une nouvelle tentative d’insertion à l’aide des propulseurs prévus pour le contrôle de son altitude (considérablement moins puissants), ce qui peut être assimilé à une « manœuvre de la dernière chance. » Ce 7 décembre, la poussée a, comme prévu, duré une vingtaine de minutes, suffisamment pour permettre à la sonde d’atteindre son nouvel objectif, même si son altitude n’a pas encore pu être exactement déterminée. Notons que cela fait du Japon la quatrième puissance à réussir la mise en orbite d’un engin autour de Vénus, après les Etats-Unis, l’URSS et l’agence spatiale européenne (ESA). Au niveau des détails techniques, Akatsuki est principalement conçue pour étudier l’atmosphère vénusienne (et principalement le phénomène de « super-rotation » qui la caractérise) et devrait fonctionner de manière semblable aux satellites météo terrestres. Depuis la fin de la mission de la sonde européenne Venus Express, il y a environ un an, aucun engin terrestre ne se trouvait plus dans les parages de Vénus. La manœuvre réussie d’Akatsuki est donc une très bonne nouvelle pour l’exploration planétaire.

Décollage d'Atlas V ce 6 décembre. Crédit: NASA/Tony Gray & Tim Terry
Décollage d’Atlas V ce 6 décembre. Crédit: NASA/Tony Gray & Tim Terry

Bonne nouvelle pour la NASA : dimanche soir, la fusée Atlas V a envoyé avec succès la capsule cargo Cygnus en orbite, à destination de la Station spatiale internationale. Il s’agit du premier envoi de cargaison américain vers l’ISS depuis la désintégration de la fusée Falcon 9 (SpaceX) en juin dernier, et le premier de la société Orbital ATK depuis l’explosion au décollage de leur fusée Antares en octobre 2014. C’est dire si la réussite de ce décollage était nécessaire. Pour l’occasion, Orbital ATK n’a pas utilisé Antares (cette dernière, mise à jour avec un nouveau moteur, effectuera son retour en vol en 2016) mais a loué le lanceur Atlas V à United Launch Alliance (ULA) pour expédier sa capsule. Très fiable, ce lanceur existe depuis août 2002 et n’a connu qu’un échec partiel sur soixante et un décollages : c’est lui qui a lancé des engins aussi prestigieux que les sondes New Horizons, Mars Reconnaissance Orbiter, ou encore le robot Curiosity, mais c’est la toute première fois qu’il est utilisé dans le cadre de la Station spatiale internationale. Par contre, ce n’est pas la dernière : outre le fait qu’Orbital ATK a loué une seconde fusée Atlas V pour le prochain vol de Cygnus, Boeing l’utilisera également pour propulser sa capsule habitée CST-100 Starliner. Le principal souci de cette fusée est en fait son moteur RD-180, qui a comme gros inconvénients aux yeux de certains élus américains (notamment le sénateur John McCain, ancien candidat à la présidence) d’être… russe. Alors qu’Atlas V est régulièrement utilisée pour le lancement de satellites militaires et que les relations entre les Etats-Unis sont loin d’être au beau fixe, il n’est pas très étonnant que le débat sur l’utilisation de cette fusée fasse rage depuis plusieurs mois outre-atlantique (à noter que le principal concurrent d’ULA pour le lancement de satellites militaires américains n’est autre que… SpaceX). A terme, ce lanceur sera toutefois remplacé par la fusée Vulcan (dont nous parlions par ici) qui, elle, utilisera un moteur développé par Blue Origin, le BE-4.

Cygnus en approche de l'ISS ce 9 décembre, photographié par Scott Kelly. Crédit : NASA
Cygnus en approche de l’ISS ce 9 décembre, photographié par Scott Kelly. Crédit : @StationCDRKelly + NASA

Pour autant, avec sa cargaison d’environ trois tonnes et demie, le cargo Cygnus représentait la plus lourde charge que cette fusée ait eu à mettre sur orbite. Tiens, et que contenait-elle, cette cargaison ? Comme d’habitude : des vivres, des équipements scientifiques (dont une installations prévues pour l’étude de micro-organismes), des pièces de rechange, ainsi que des CubeSats conçus par des étudiants et destinés à l’observation de la Terre (ils seront déployés depuis l’ISS). Plus surprenant, on y trouve aussi le casque à réalité augmentée HoloLens, développé par Microsoft, qui avait déjà été perdu en juin dernier dans le crash de la capsule Dragon. Enfin, parce que vivre dans l’espace n’empêche pas d’avoir un coeur qui bat, il se murmure également que quelques cadeaux de Noël se sont frayés un chemin jusque l’orbite terrestre. Enfin, ce mercredi 9 décembre, la capsule s’est amarrée avec succès à l’ISS : c’est l’Américain Kjell Lindgren qui a procédé à la capture, à l’aide du bras robotique Canadarm2. Cygnus CRS OA-4, de son petit nom complet, est plus précisément le quatrième envoi de la capsule d’Orbital ATK à destination de l’ISS (dont un échec, celui d’octobre 2014), et le premier dans sa version agrandie (“Enhanced”). Ce vol était initialement prévu pour le 1er avril 2015 mais a logiquement dû être reporté suite à l’explosion d’octobre dernier. A l’époque, Orbital ATK s’appelait encore Orbital Sciences et a depuis fusionné avec la société Alliant Techsystems (ATK), en février.

Départ de la capsule Soyouz, photographiée par... Scott Kelly (encore lui). Credit: @StationCDRKelly
Départ de la capsule Soyouz, photographiée par… Scott Kelly (encore lui). Credit: @StationCDRKelly

Quelques jours après l’arrimage du cargo Cygnus, un autre engin a quitté l’ISS : une capsule Soyouz, contenant les astronautes Kjell Lindgren, Oleg Kononenko et Kimiya Yui (respectivement Américain, Russe et Japonais). Ces trois membres d’équipage de l’Expédition 45 ont atterri de nuit dans les plaines du Kazakhstan (une manœuvre assez rare, ce genre d’atterrissage ayant d’habitude lieu en journée) après avoir passé 141 jours en orbite (ils étaient arrivé à bord de l’ISS le 23 juillet dernier). Le site Nasaspaceflight.com remarque au passage que leur séjour a été marqué par l’absence presque continuelle de vaisseau américain amarré à la station : aucun Dragon n’a volé depuis le mois de juin et le Cygnus, on l’a vu, n’est arrivé que cette semaine après avoir été cloué au sol pendant plus d’un an. Pendant quelques jours, il n’y aura donc que trois membres d’équipage à bord de l’ISS : Scott Kelly, Mikhail Kornienko et Sergei Volkov. Ils seront toutefois bientôt rejoints par l’Américain Tim Kopra, le Russe Youri Malenchenko et le Britannique Tim Peake : l’Expédition 46 pourra ainsi débuter.

Google Lunar XPrize : suite des événements ! L’annonce n’est pas particulièrement révolutionnaire, mais n’en reste pas moins d’importance : la fondation XPrize a vérifié et validé le contrat signé entre la société Moon Express et Rocket Lab, dont nous parlions ici. Pour rappel, ce contrat porte sur l’envoi du petit atterrisseur MX-1E vers la Lune à l’aide d’une fusée Electron (qui n’a encore jamais effectué le moindre vol, rappelons-le). Prévoyants, les deux compagnies ont d’ores et déjà prévu trois décollages, dont deux en 2017. Cela fait de Moon Express la deuxième société à se prévaloir d’un contrat de lancement dans le cadre du Google Lunar Xprize, après la compagnie israélienne SpaceIL (qui utilisera un lanceur Falcon 9). Signalons au passage que Chanda Gonzales (citée par Spacenews.com), directrice du concours, a indiqué qu’elle ne s’attendait pas à ce que plus de quatre équipes (sur les seize actuellement en compétition) aillent jusqu’au bout de la compétition dans le temps imparti.

Pour finir en beauté, on se quitte avec un joli tweet de Scott Kelly, commandant actuel de l’ISS, qui a photographié le vaisseau Cygnus en chemin vers l’ISS pendant un lever de soleil.