Salut. Comme un peu d’évasion ne peut que faire du bien, ce cinquantième billet va revenir sur l’anniversaire de Philae sur la comète « Tchouri », sur un projet russe un peu surprenant et sur une non moins étrange étoile très lointaine. Bonne lecture, rêvez bien.

Photographie prise par Philae à la surface de Tchouri, le 13 novembre 2014. On y aperçoit un de ses pieds. Copyright ESA/Rosetta/Philae/CIVA
Photographie prise par Philae à la surface de Tchouri, le 13 novembre 2014. On y aperçoit un de ses pieds. Copyright ESA/Rosetta/Philae/CIVA

C’était il y a un peu plus d’un an, le 12 novembre 2014 : l’atterrisseur Philae se posait de manière rocambolesque sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko. On s’en souvient : l’engin, après avoir atteint l’endroit prévu initialement, a rebondi à deux reprises avant de se poser définitivement à environ un kilomètre de là. On sait à ce sujet que les harpons qui devaient fixer l’atterrisseur au sol de la comète ne se sont pas déclenchés. Cela n’a toutefois pas empêché Philae de remplir 80% de ses objectifs scientifiques avant d’être placé en hibernation, le 15 novembre 2014. Quelques mois plus tard, le 13 juin 2015, l’Agence spatiale européenne a annoncé avoir rétabli les communications avec Philae (via la sonde Rosetta, en orbite autour de la comète), mais seuls huit contacts intermittents ont été réalisés entre cette date et le 9 juillet. Depuis, c’est le silence radio, mais cela ne signifie pas nécessairement que Philae soit hors service. En fait, l’absence de contact est surtout dû au regain d’activité de « Tchouri » cet été, qui a poussé les scientifiques à éloigner Rosetta de son objet d’étude, coupant ainsi toute possibilité de communication avec le petit atterrisseur. Vu que la comète s’éloigne désormais du Soleil, son activité est par conséquent en train de décliner et Rosetta peut à nouveau s’en approcher : elle est désormais à 170km du noyau, sachant que la limite pour pouvoir contacter Philae est d’environ 200km. Le temps presse, toutefois : les responsables de la mission estiment que l’atterrisseur ne pourra pas fonctionner au-delà de fin janvier car il ne peut opérer sous -51°C. Quant à Rosetta, son année 2016 s’annonce bien remplie : alors qu’une expédition à 2000km de la surface de Tchouri est prévue (avec un passage à travers la queue de la comète), il a également été décidé de faire « atterrir » la sonde à la surface (un « impact contrôlé » dont nous parlions déjà ici) en guise de baroud d’honneur. C’est ainsi qu’elle devrait achever cette belle mission, en décembre 2016.

A l’occasion de cet anniversaire, l’ESA a même publié une animation qui simule l’atterrissage mouvementé de Philae sur Tchouri, sur base des données transmises par l’atterrisseur. Cette reconstruction permet d’ailleurs de réaliser qu’une bonne part de chance est intervenue dans le processus.

Illustration de la mission soviétique Luna 24, en août 1976, qui a ramené des échantillons lunaires sur Terre.
Illustration de la mission soviétique Luna 24, en août 1976, qui a ramené des échantillons lunaires sur Terre.

Sinon, c’est SpaceFlightInsider qui le rapporte : la Russie prévoirait une mission habitée et un alunissage sur la Lune en 2029, soit dans quatorze ans. Evidemment, à l’époque d’Apollo, les Américains ont réussi cet exploit en moins d’une décennie, donc pourquoi pas les Russes de nos jours ? D’accord, pourquoi pas, mais il y a tout de même de quoi être perplexe tant la Russie semble avoir des difficultés à y envoyer son atterrisseur robotisé Luna-Glob, renommé Luna 25, dont le lancement est renvoyé aux alentours de 2024 (on en parlait par ici). Pourtant, selon le directeur de la société RKK Energia, un vaisseau spatial spécifiquement prévu pour un voyage lunaire est en cours de conception et devrait effectuer son vol inaugural en 2021, avant une première mission inhabitée en 2025. Malgré les doutes suscités, ajoutons que l’Agence spatiale européenne a manifesté son intérêt vis-à-vis d’un tel projet, qui pourrait in fine permettre à un astronaute européen de mettre le pied sur la Lune. Même s’il est inutile de s’emballer outre mesure, rappelons tout de même que ce genre de collaboration n’a rien d’improbable : l’ESA et Roscosmos coopèrent déjà très bien sur des projets tels que la Station spatiale internationale ou le programme ExoMars. Par ailleurs, les Russes disposent de l’expertise (issue de leur passé soviétique) leur permettant de faire alunir des engins : 8 sondes Luna ont aluni avec succès entre 1966 et 1976 (dont deux rovers et trois retours d’échantillons réussis), mais ils n’ont par contre jamais pu faire décoller de lanceur à même d’y envoyer des êtres humains : toutes leurs fusées construites à cet effet, les fameux lanceurs N-1, ont spectaculairement explosé au décollage (quatre tentatives pour autant d’échecs). Bien sûr, c’était il y a longtemps et insister trop sur ce point serait quelque peu mesquin étant donné qu’ils sont actuellement les seuls capables d’envoyer régulièrement des gens vers l’ISS. Il n’empêche qu’entre la subsistance, louable, de capsules robustes mais à moitié centenaires (les capsules Soyouz ont 48 ans), et la mise en marche d’un programme lunaire habité, il y a un bond de géant qui paraît difficile à combler. Mais qui sait, après tout ?

Quelques antennes du Allen Telescope Array, utilisé par l'institut SETI pour ses recherches. Source : http://www.seti.org/
Quelques antennes du Allen Telescope Array, utilisé par l’institut SETI pour ses recherches. Source : http://www.seti.org/

A présent, portons notre regard beaucoup plus loin, à 1480 années-lumière d’ici, vers KIC 8462852. Cette étoile, surnommée Tabby’s Star en l’honneur de Tabetha Boyajian, la chercheuse qui a découvert le phénomène dont nous allons parler, a suscité l’enthousiasme il y a quelques semaines en raison du comportement de la lumière qui nous en parvient. En gros, celle-ci varie de manière très irrégulière et laisse deviner le passage de très gros objets entre l’étoile et son observateur (nous, en l’occurrence). Comme le résume Phil Plait : ce ne peut être ni une planète (elle serait beaucoup trop grosse), ni une étoile (on s’en rendrait compte). Il n’en a pas fallu plus pour que soit brandie l’idée d’une mégastructure artificielle construite par des êtres intelligents autour de cette étoile. Plus spécifiquement, il pourrait s’agir d’une « sphère de Dyson », une structure (purement théorique) capable d’absorber l’essentiel de l’énergie produite par une étoile (l’équivalent de panneaux solaires d’une taille inconcevable). L’avancée technologique d’une hypothétique civilisation capable de fabriquer un tel monument serait évidemment sans commune mesure avec la nôtre. Mais bref : si cette idée peut faire rêver, elle reste, en terme de probabilités, loin derrière d’autres hypothèses moins sexy mais bien plus réalistes. Pour l’instant, les chercheurs penchent pour l’existence d’un nuage de comètes capable de créer ces variations de luminosité, mais cette explication ne colle pas à 100% avec les données et, pour l’instant, l’hypothèse extraterrestre ne peut pas être totalement évacuée sans avoir au moins jeté un coup d’oeil. Du coup, vu que c’est son boulot, l’institut SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) a pointé le radiotéléscope Allen Telescope Array (situé en Californie) en direction de Tabby’s Star, juste au cas où. Bon, ils n’ont capté aucun signal. Dommage, ça nous aurait peut-être fait du bien. Comme le rappelle le site Centauri Dreams, « l’histoire de l’astronomie nous dit qu’à chaque fois que nous avons cru avoir trouvé un phénomène dû à des activités extraterrestres, nous avons eu faux. Mais même s’il est bien probable que ce comportement étrange soit dû à la nature, et non aux aliens, il est simplement prudent de vérifier. » Quoi qu’il en soit, il y a de toute façon quelque chose à découvrir dans ce coin-là, et ce n’est pas parce que ce phénomène a toutes les chances d’être tout à fait naturel qu’il n’en est pas moins passionnant.

Enfin, on va se quitter avec une autre vidéo : une animation du système plutonien (à savoir Pluton et ses satellites Charon, Styx, Nix, Kerbéros et Hydre) et du joyeux bordel cosmique qu’il constitue. Des bisous et à la semaine prochaine !