Bonjour ! Si Mars attire la plupart des regards des derniers temps, il s’agirait de ne pas oublier notre bonne vieille Lune, qui est également très courtisée. En effet, à peu près tout le monde semble vouloir y envoyer son petit robot, et c’est essentiellement de ça que nous allons parler cette semaine.

SpaceIL
Illustration du lander fabriqué par l’équipe israélienne SpaceIL. Source : http://www.spaceil.com/

Vous vous souvenez du Google Lunar XPrize ? Rappelons les règles du jeu : un Grand Prix d’une valeur de 20 millions de dollars sera remis à la première équipe qui saura faire atterrir avec succès un robot sur la Lune avant fin 2017 (et 5 millions de dollars pour la seconde équipe). Mais ce n’est pas tout ! Pour gagner, l’engin devra également parcourir 500 mètres sur la surface lunaire, puis transmettre vers la Terre des images et vidéos en haute définition. Autre contrainte de taille : 90% des coûts de la mission doivent être financés par des fonds privés. Enfin, les différentes deadlines à respecter ont été légèrement modifiées en mai dernier (d’où les dates différentes par rapport au dernier billet sur le sujet) : les équipes en lice ont désormais jusque fin 2016 pour annoncer la signature d’un contrat avec une société prête à effectuer un lancement (en gros : elles doivent prouver qu’elles disposeront d’une fusée pour expédier leur robot dans l’espace) et jusque fin 2017 pour mener à bien la mission. Pour cela, une condition sine qua non : au moins une des équipes doit annoncer la signature du contrat avant fin 2015, sous peine de voir le concours s’arrêter (c’est tordu, mais c’est comme ça).

Le lander Surveyor 3, arrivé en avril 1967, photographié lors de la mission Apollo 12 (novembre 1969). On aperçoit le module lunaire à l'arrière-plan. Source : https://www.flickr.com/photos/projectapolloarchive/
Le lander Surveyor 3, arrivé en avril 1967, photographié lors de la mission Apollo 12 (novembre 1969). On aperçoit le module lunaire à l’arrière-plan. Source : Project Apollo Archive

Et bien c’est désormais chose faite, la compétition peut donc continuer : l’équipe israélienne SpaceIL est la première à produire un tel contrat : son robot tentera d’atteindre la Lune à l’aide d’une fusée Falcon 9, de SpaceX, durant la seconde moitié de 2017. Le contrat (validé par les organisateurs du concours) n’a pas été signé avec SpaceX mais avec Spaceflight Industries, qui fournit principalement des services aux opérateurs de petits satellites. Habituellement, cette société achète de la place sur des lancements de fusées pour la revendre à d’autres opérateurs souhaitant lancer un petit satellite (voyez ça comme une espèce d’agence de voyage pour satellites). Les 81 précédents satellites qu’elle a déjà permis de mettre en orbite étaient des « charges secondaires » sur des lancements plus importants (par analogie, c’est un peu comme si une agence de voyage vous louait une petite pièce au sein d’une maison déjà louée par une famille). Or, fin septembre, Spaceflight Industries a carrément acheté l’entièreté d’une fusée Falcon 9 à SpaceX (en gros, l’entièreté de la maison), et c’est cette fusée qui servira à envoyer le robot de SpaceIL sur la Lune, en même temps qu’à mettre sur orbite une vingtaine de petits satellites. Notons que le lander ne disposera pas de roues : contrairement à la plupart de ses concurrentes, l’équipe israélienne veut faire « sauter » son robot pour lui faire parcourir les 500 mètres réglementaires. L’idée est donc de le faire redécoller pour le faire ré-alunir un demi-kilomètre plus loin. Si SpaceIL réussit à mener son projet à bien, elle fera d’Israël la quatrième puissance capable de poser en douceur un engin sur la Lune, après l’Union soviétique (premier alunissage le 31 janvier 1966 avec l’atterrisseur Luna 9), les Etats-Unis (premier alunissage le 30 mai 1966 avec Surveyor 1) et la Chine (premier alunissage le 1er décembre 2013 avec la sonde Chang’e 3 et le rover Yutu). Toutefois, n’oublions pas qu’il s’agit bel et bien d’une initiative privée : si le Google Lunar XPrize a un vainqueur (qu’il s’agisse de SpaceIL ou d’une autre équipe), il s’agira quoi qu’il arrive d’une première historique.

Illustration du rover MX-1 développé par Moon Express. Crédits : Moon Express. Source : https://www.nasa.gov
Illustration du rover MX-1 développé par Moon Express. Crédits : Moon Express. Source : https://www.nasa.gov

Cela dit, une autre équipe a également annoncé avoir signé un contrat similaire : il s’agit des américains de Moon Express, tombés d’accord avec Rocket Lab pour non pas un mais carrément trois lancements de leur fusée Electron en 2017. Pas bêtes, les gens de Moon Express indiquent que si le premier lancement échoue, il leur en restera toujours deux (une logique imparable). On ne peut pas leur donner tort, d’autant qu’il y a un hic : Rocket Lab n’a pas encore effectué le moindre lancement. Electron devrait en effet effectuer son vol inaugural avant la fin de l’année depuis la Nouvelle-Zélande et serait capable d’envoyer une charge de moins de dix kilos jusqu’à la Lune, ce qui devrait suffire à Moon Express pour faire alunir son petit lander (le MX-1). A l’instar de SpaceIL, eux aussi comptent le faire bondir sur la Lune, et non pas rouler. En attendant, le contrat avec Rocket Lab n’a pas encore été validé par les organisateurs du concours, et il reste à voir si le pari de faire appel à un tout nouvel acteur du marché sera payant vu le défi que représente un décollage de fusée. En tout cas, il reste seize équipes en lice, et la compétition semble plus que jamais battre son plein.

Le rover chinois Yutu photographié par l'atterrisseur Chang'e 3 en décembre 2013. Crédits : Chinese Academy of Sciences. Source : http://www.planetary.org/
Le rover chinois Yutu photographié par l’atterrisseur Chang’e 3 en décembre 2013. Crédits : Chinese Academy of Sciences. Source : http://www.planetary.org/

En fait, si on creuse un peu, à peu près toutes les agences spatiales existantes comptent envoyer un lander ou un rover à la surface de la Lune dans les prochaines années. Voyez plutôt. En Asie, la sonde indienne Chandrayaan-2 devrait décoller fin 2017/début 2018 et emporter un rover, tandis que l’agence spatiale chinoise (CNSA) se prépare à envoyer deux sondes : Chang’e 5, qui récupérera des échantillons et les ramenera sur Terre dès 2017, et Chang’e 4, qui devrait se poser sur la face cachée de la Lune d’ici 2020. Les deux sondes emporteront en plus chacune un rover avec elles. Notons que la mission de Chang’e 4 nécessitera l’envoi préalable d’un satellite pour relayer les communications, la face cachée de la Lune nous étant toujours… cachée.  La Russie a également une mission dans les cartons : Luna-Glob (aussi appelée Luna 25), déjà reportée à de nombreuses reprises et désormais prévue pour 2024. De plus, Roscosmos pourrait aussi collaborer avec l’agence spatiale européenne (ESA) sur un autre projet de lander d’ici 2020. De son côté, la NASA teste un petit rover nommé Resource Prospector (on en parlait ici) qui pourrait décoller en 2020 vers un des pôles de la Lune, mais l’agence américaine cherche un partenaire international ou commercial pour mener à bien cette mission. Des discussions sont en cours avec l’agence spatiale japonaise (JAXA), qui envisage aussi l’envoi d’un petit lander (au plus tôt en 2019) en vue d’une mission ultérieure plus ambitieuse. Toutefois, des différences de calendrier pourraient pousser la NASA à plutôt se tourner vers Taiwan (oui, eux aussi envisagent une mission lunaire) ou un partenaire commercial tel que… Moon Express, mais aussi Astrobotic (également participant au Google Lunar XPrize) ou Masten Space Systems. Il s’agit là de sociétés avec lesquelles la NASA travaille déjà dans le cadre du programme Lunar CATALYST (Lunar Cargo Transportation and Landing by Soft Touchdown), qui vise à encourager le développement du transport commercial de cargaisons à destination de la Lune.

Prototype du Resource Prospector de la NASA, qui devrait creuser sous la surface de la Lune en 2020 pour y chercher (entre autres) de l'eau et de l'hydrogène. Crédits : NASA
Prototype du Resource Prospector de la NASA, qui devrait creuser sous la surface de la Lune en 2020 pour y chercher (entre autres) de l’eau et de l’hydrogène. Crédits : NASA

Pour nous y retrouver, voici un petit récapitulatif des futures missions impliquant un alunissage robotique et dont nous avons au moins une vague idée de la date :

  • 2017 : nom inconnu – SpaceIL (Israël – privé)
  • 2017 : MX-1 – Moon Express (Etats-Unis – privé)
  • 2017 : Chang’e 5 – CNSA (Chine)
  • 2017/2018 : Chandrayaan-2 – IRSO (Inde)
  • 2019 : Mission japonaise ?
  • 2020 : Chang’e 4 – CNSA (Chine)
  • 2020 : Resource Prospector ? – NASA (Etats-Unis)
  • 2020 : Mission russo-européenne ?
  • 2024 : Luna-Glob – Roscosmos (Russie)

Tout cela, évidemment, est sujet à modifications (des reports, généralement) et d’autres concurrents du Google Lunar XPrize devraient faire connaître leur propre date de lancement dans les prochains mois.

Pour terminer, on file à l’autre bout du système solaire, du côté de Pluton. En effet, l’étude des données fournies par New Horizons a permis deux nouvelles découvertes d’importance cette semaine. Tout d’abord, il apparaît que la composition de la fine atmosphère plutonienne est telle que, aux alentours du lever et du coucher du Soleil, le ciel nous apparaîtrait… bleu. La photo ci-dessous est une reconstruction faite à partir des informations reçues pour nous donner une idée des couleurs que l’oeil humain percevrait s’il se trouvait sur place. Ensuite, l’autre information, c’est la présence de glace d’eau à la surface de Pluton, détectée grâce au spectroscope embarqué sur New Horizons. De manière très exotique, la détection de glace correspond à des endroits qui, eux, apparaissent rouges en raison de la présence de « tholins« . Il s’agit de composés moléculaires de couleur rouge-brun qu’on ne trouve pas sur Terre mais plutôt sur des corps du système solaire extérieur tels que Titan, Triton et, donc, Pluton. Il reste par contre à comprendre pourquoi cette glace apparaît sur Pluton précisément là où se trouvent ces tholins.

En tout cas, merci d’avoir parcouru ce billet, et à la semaine prochaine si tout va bien !

Credits: NASA/JHUAPL/SwRI
Credits: NASA/JHUAPL/SwRI
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