the hitchhikers guide to the galaxy everything 42 1024x768 wallpaper_www.wallpaperhi.com_73Bonjour ! C’est le quarante-deuxième billet ! Pour faire honneur à ce nombre très particulier, nous retournons dire bonjour à trois sociétés américaines que nous connaissons (plus ou moins) bien : SpaceX, Boeing et Blue Origin. Un billet qui nous emmène d’ailleurs un peu plus loin qu’on pourrait le croire.

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Source : http://www.spacex.com/crew-dragon

Cela fait déjà quelques semaines que nous n’avons pas parlé de SpaceX par ici. Que ses fans se rassurent : on va se rattraper. Commençons avec le Dragon V2, également appelé Crew Dragon ou Dragon 2, au choix, dont l’intérieur a été dévoilé récemment à l’aide d’une vidéo qu’on croirait conçue pour promouvoir une voiture particulièrement chère. Soignant sa communication, la société californienne d’Elon Musk nous donne ainsi un aperçu de l’environnement réservé aux astronautes qui prendront la route de la Station spatiale internationale à bord de sa capsule (à partir de 2017 ou 2018, si tout va bien). The Space Review note peu de différences par rapport à ce qui était déjà connu, si ce n’est que la capsule ne comporte plus sept places mais cinq (avec de la place pour une sixième). S’il est assez difficile de croire que le résultat sera à ce point épuré pour être réellement opérationnel, il n’y a de toute façon plus qu’à attendre les premiers vols de la bête.

En parlant de communication, SpaceX sait y faire pour attiser l’imagination du public. Prenez ce genre de tweet, par exemple :

mini-falcon-heavy2« Dragon on Mars », tout simplement. Ce n’est pas un secret, Elon Musk envisage réellement d’atteindre la planète Mars avec les engins qu’il fait construire, et l’incident de juin dernier ne l’a pas freiné dans ses ambitions. Sur son propre compte Twitter, le dirigeant a rappelé que « le Dragon 2 est conçu pour atterrir sur n’importe quelle surface (liquide ou solide) dans le système solaire. » Avant d’enchaîner, dans un autre tweet : « Falcon Heavy peut envoyer un Dragon pleinement chargé jusque Mars ou un Dragon léger jusqu’aux lunes de Jupiter. Une mission vers Europe serait cool. » Pour rappel, le Falcon Heavy (visible sur l’illustration à gauche) est la version lourde de la fusée Falcon 9. Actuellement en cours de conception, son premier vol de démonstration devrait survenir en avril ou mai de l’année prochaine, après avoir déjà été reporté à plusieurs reprises. Une fois en service, il s’agira d’ailleurs de la fusée la plus puissante sur le marché, capable de placer 53 tonnes de charge utile en orbite basse (pour comparer : la navette spatiale pouvait en placer 24 et Ariane 5 peut en placer 20). Mais revenons au Crew Dragon. S’il est conçu pour être habitable, rien n’empêche pour autant de l’utiliser comme plate-forme scientifique inhabitée (pas sûr en effet qu’Elon Musk se risquerait tout de suite à envisager l’envoi d’astronautes dans les environs de Jupiter). En fait, cette intervention de sa part n’est peut-être pas uniquement destinée à faire rêver les foules. En effet, il se trouve que certains à la NASA réfléchissent réellement à utiliser le Dragon 2 pour une mission vers la planète Mars. Leur idée, relatée dans un article de Space.com la semaine dernière, aurait le mérite de fournir une solution à une question épineuse : comment ramener sur Terre les échantillons collectés par la future mission martienne Mars 2020 ? Pour eux, la solution, c’est Red Dragon (et la rime, c’est cadeau). Comme d’habitude, calmons notre enthousiasme : il ne s’agit pour l’instant que d’une idée, d’un concept, rien ici n’est officiel. SpaceX ne serait d’ailleurs même pas activement impliqué dans ces réflexions, mais il n’empêche que le projet vaut la peine qu’on s’y penche.

Le rover Mars 2020, basé sur le modèle de Curiosity, et les instruments scientifiques qu'il transportera. Crédits : NASA/JPL-Caltech
Le rover Mars 2020, basé sur le modèle de Curiosity, et les instruments scientifiques qu’il transportera. Crédits : NASA/JPL-Caltech

En gros, il s’agirait de placer une capsule Crew Dragon modifiée (équipée pour se saisir d’échantillons martiens) au sommet d’une fusée Falcon Heavy pour l’expédier vers Mars et la faire atterrir à proximité du rover Mars 2020 grâce à des rétro-fusées (également en cours de conception mais déjà testées en mai 2015). Contrairement à ce qui a été envisagé (mais pas encore officialisé) par la NASA, les concepteurs du projet partent du principe que le robot conservera ses échantillons au lieu de les déposer quelque part à la surface de la planète rouge (on parlait de cette idée dans ce billet). Ainsi, après avoir fait rouler le rover vers la capsule, un bras robotique pourrait prélever l’échantillon récolté par Mars 2020 et le stocker à bord d’une petite fusée (le Mars Ascent Vehicle, ou MAV) placée à bord du Dragon. Le MAV, conçu pour échapper à l’attraction martienne (plus faible que l’attraction terrestre, donc nécessitant moins d’énergie), expédierait alors les échantillons martiens vers la Terre. Il va s’en dire qu’un tel projet n’a encore jamais été réalisé, mais ramener sur Terre des échantillons martiens figure en tête de liste des objectifs de la NASA pour la décennie actuelle (dans la catégorie « Large Missions »). Pour en revenir aux tweets d’Elon Musk, on voit mal comment il pourrait ne pas être enthousiasmé par une telle utilisation de son véhicule. Dans ce contexte, il n’est pas si surprenant qu’il en profite pour rappeler que, techniquement, il pourrait l’envoyer encore plus loin.

Cela dit, pour SpaceX, c’est surtout sur Terre que ça se passe pour l’instant. En effet, ses ingénieurs sont actuellement très occupés à mettre à jour la fusée Falcon 9. En effet, malgré tous ses rêves de gloire, Elon Musk a surtout intérêt à assurer le retour en vol de sa fusée après l’incident du vol de ravitaillement CRS-7 en juin dernier. En parallèle du processus d’investigation censé déterminer la cause exacte de la perte du lanceur, une mise à jour du véhicule, déjà prévue avant l’accident, est en cours pour la rendre plus puissante. Le but est double : emporter des charges plus lourdes en orbite, et libérer plus de carburant pour permettre la récupération du premier étage de la fusée en vue d’un usage ultérieur. Cette nouvelle Falcon 9 devrait décoller en cours d’année (on parle de mi-novembre) pour mettre en orbite un satellite de communication. Le prochain vol d’une capsule Dragon vers la Station spatiale internationale n’est lui pas encore déterminé, il pourrait prendre place fin 2015 ou début 2016.

La nouvelle façade du Commercial Crew and Cargo Processing Facility de Boeing. Crédit : NASA/Kim Shiflett
La nouvelle façade du Commercial Crew and Cargo Processing Facility de Boeing. Crédit : NASA/Kim Shiflett

Voilà, nous en avons fini avec SpaceX. A présent, passons à l’autre compagnie choisie par la NASA pour transporter ses astronautes jusqu’à l’ISS : Boeing. Au début du mois de septembre, cette dernière a célébré en grandes pompes l’ouverture de son « Commercial Crew and Cargo Processing Facility » au Kennedy Space Center, en Floride. L’héritage est de taille, car ce bâtiment a servi pendant une vingtaine d’année de hangar pour les navettes spatiales. A présent, c’est donc Boeing qui l’occupe en vue de l’assemblage de ses futures capsules habitées CST-100. Pour l’occasion, le véhicule a même reçu un nouveau nom : appelez-le désormais CST-100 Starliner. Les premiers vols d’essai de l’engin ne surviendront pas avant 2017, mais un calendrier se dessine. Le premier vol inhabité prendrait ainsi place en mai 2017, suivi d’un test d’abandon en août (pour tester les capacités de l’engin à survivre en cas d’incident au décollage) et d’un premier vol habité en septembre. Si tout se passait comme prévu, le premier vol opérationnel pour le compte de la NASA aurait alors lieu en décembre 2017. Rappelons enfin que ce sont les fusées Atlas V, de United Launch Alliance (rien de surprenant vu qu’il s’agit d’une joint-venture entre Boeing et Lockheed Martin), qui expédieront le Starliner en orbite depuis Cap Canaveral (et plus précisément depuis le Complexe 41). A propos, signalons que SpaceX expédie actuellement ses capsules Dragon depuis le Complexe 40  mais que, à l’avenir, elle utilisera le très prestigieux Complexe 39, construit pour le programme Apollo et d’où partaient également les navettes spatiales. Pour la liste complète des sites de lancement de Cap Canaveral, c’est par ici.

Illustration de la future fusée orbitale de Blue Origin. Source : https://www.blueorigin.com
Illustration de la future fusée orbitale de Blue Origin. Source : https://www.blueorigin.com

Enfin, restons à Cap Canaveral pour signaler que la société Blue Origin se joint à la fête et occupera bientôt le Complexe 36, inutilisé depuis dix ans. Elle partagera d’ailleurs les lieux avec la société Moon Express (participante au Google Lunar XPrize). C’est Jeff Bezos, également fondateur d’Amazon, qui l’a annoncé lors d’une conférence tenue sur place cette semaine. Son intention est d’y bâtir une usine d’assemblage et un nouveau site de lancement pour sa future fusée orbitale, qui n’a pas encore de nom. Pour rappel, Blue Origin a procédé en mai au premier vol test d’un lanceur suborbital, le New Shepard, qui devrait servir pour des vols touristiques dans l’espace. Avec cette annonce, Blue Origin souhaite donc aller plus loin et concevoir un nouveau lanceur réutilisable à deux étages capable de placer sur orbite des cargaisons et des gens. Rien que ça. Comme chez SpaceX, il s’agirait aussi de faire atterrir le premier étage de la fusée verticalement pour pouvoir le réutiliser. De plus, la fusée utilisera des moteurs BE-3 et BE-4 conçus par Blue Origin,  des moteurs innovants basés sur de l’oxygène liquide qui devraient également se retrouver sur la future fusée Vulcan de United Launch Alliance. Ambitieux, Jeff Bezos a précisé que le premier vol de son lanceur, pour l’instant surnommé « Very Big Brother », aurait lieu avant la fin de la décennie depuis le Complexe 36.

Voilà, c’est tout pour cette semaine ! Toutefois, on ne peut pas se quitter sans admirer cette fantastique photographie de Pluton prise par New Horizons un quart d’heure après son survol de la planète naine, à 18.000 kilomètres d’altitude. On peut y admirer une belle combinaison de montagnes et de plaines gelées, ainsi que la brume de sa fine atmosphère.

Crédits: NASA/JHUAPL/SwRI