Bonjour ! Pour ce quarantième billet, on va faire simple : après une première partie consacrée à l’avenir de New Horizons, nous reviendrons rapidement sur l’actualité chargée à bord de la Station spatiale internationale.

Trajet suivi par la sonde New Horizons en direction de Pluton et de sa prochaine cible. Crédits : NASA/JHUAPL/SwRI/Alex Parker
Trajet suivi par la sonde New Horizons en direction de Pluton et de sa prochaine cible. Sur l’image, on remarque l’emplacement d’autres planètes naines : Haumea, Makemake et Eris. Crédits : NASA/JHUAPL/SwRI/Alex Parker

Du côté de New Horizons, il y a donc du nouveau ! Après son passage auprès de Pluton le 14 juillet dernier, nous savons qu’il était question de prolonger la mission en direction d’un autre corps de la Ceinture de Kuiper. Si la prolongation de mission n’a pas encore été officiellement décidée, l’objet que la sonde américaine devrait visiter a lui été choisi : il s’agit de 2014 MU69. Que savons-nous, à part le fait que son nom (provisoire) ne va pas nous faciliter la vie ? « Pas grand-chose » (« not much »), selon Emily Lakdawalla et Casey Dreier (de la Planetary Society) qui en ont fort aimablement établi la liste. Nous savons tout d’abord qu’il a été découvert par le télescope spatial Hubble en juin 2014 (il y a donc à peine plus d’un an), qu’il mesure entre 30 et 45 mètres de diamètre, qu’il lui faut 300 ans pour effectuer un tour complet autour du Soleil et que son orbite est circulaire. De plus, lorsque New Horizons l’atteindra, en janvier 2019, tous deux seront à 43,4 unités astronomiques du Soleil (au moment de survoler Pluton, elle se trouvait à 32 UA de notre étoile). Cela peut sembler lointain, mais pas de panique : la sonde a spécifiquement été conçue pour voyager bien plus loin que sa cible initiale. Elle a été équipée du carburant nécessaire pour y arriver et peut fonctionner correctement pendant des années sous des niveaux de luminosité très inférieurs à ceux qu’elle subit actuellement.

Parenthèse : avant de continuer, admirez-donc l’animation ci-dessous. Conçue par la NASA à partir des images prises par New Horizons le 14 juillet 2015, il s’agit tout simplement de ce qu’un être humain aurait vu s’il s’était trouvé à bord.

Reprenons. Dans le rapport décennal (le « Decadal Survey ») soumis à la NASA en 2003 (pour savoir en quoi consiste ce rapport décennal, jetez donc un oeil au billet de la semaine dernière), le National Research Council recommandait un survol de Pluton, mais aussi celui d’au moins un objet supplémentaire situé dans la Ceinture de Kuiper, histoire de diversifier les résultats scientifiques. Or 2014 MU26 est un corps très ancien formé dans cette région, qui promet d’ailleurs d’être fort différent de Pluton : il s’agit donc d’une cible qui permettrait à la NASA de compléter son objectif secondaire. D’ailleurs, repérer un objet si lointain susceptible de croiser la route de New Horizons au bon moment n’a pas été évident vu qu’il a fallu l’aide de Hubble pour y parvenir, après de longues recherches infructueuses avec des télescopes terrestres. Quant à son nom, un éventuel changement vers quelque chose de plus prononçable n’est pas exclu. Normalement, ce genre d’objet est trop lointain et trop peu visible pour recevoir un vrai nom avant plusieurs années, mais une exception est parfois faite lorsque l’existence de l’objet en question est prouvée et que ce dernier relève de l’intérêt public (ce qui sera bel et bien le cas). Cela s’est déjà vu : l’astéroïde 99942 Apophis a reçu son nom officiel un an après sa découverte. Pourquoi ? Simplement parce qu’à l’époque on craignait de le voir heurter la Terre en 2029 ou 2036 (l’hypothèse a fort heureusement été écartée depuis). Notons que si la cible est sélectionnée, l’extension de la mission n’a pas encore été officiellement décidée et les fonds ne sont donc pas encore alloués à cette fin (sur le papier, tout financement pour New Horizons cesse en 2018). Toutefois, la plupart des missions obtiennent une extension si l’objectif scientifique en vaut la peine, il serait d’ailleurs stupide de la part de la NASA de se priver des services d’un instrument en parfait état de marche aux confins du système solaire. Toujours est-il que quatre corrections de trajectoire sont d’ores et déjà prévues aux environs de fin octobre et début novembre, dans le but d’atteindre 2014 MU69 en janvier 2019. Si tout se passe comme prévu, il s’agira alors de l’objet le plus lointain jamais survolé par un engin de conception humaine.

Décollage de la fusée Soyouz depuis le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, ce 2 septembre. Copyright ESA–S. Corvaja, 2015
Décollage de la fusée Soyouz depuis le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, ce 2 septembre. Copyright ESA–S. Corvaja, 2015

Passons à notre volet consacré à la Station spatiale internationale, à bord de laquelle se trouvent actuellement neuf occupants de cinq nationalités différentes. En effet, trois astronautes ont décollé ce mercredi 2 septembre à bord d’une capsule Soyouz : le Russe Sergei Volkov, le Danois Andreas Mogensen et le Kazakh Aidyn Aimbetov. Ils viennent compléter un équipage déjà composé des Américains Scott Kelly et Kjell Lindgren, du Japonais Kimiya Yui et des Russes Gennady Padalka, Mikhaïl Kornienko et Oleg Kononenko (qui, à six, forment l’Expédition 44). Depuis mars 2013, les capsules Soyouz effectuent leurs voyages jusque l’ISS en six heures seulement, mais ce ne fut pourtant pas le cas cette fois-ci et l’équipage n’est arrivé à destination que vendredi. En raison d’une modification de l’orbite de la station (dans le but d’éviter des débris spatiaux), la capsule a dû en revenir au bon vieux voyage de deux jours, lequel n’a pas dû être de tout repos vu le confort très spartiate de ces véhicules conçus dans les années soixante. Le séjour d’Andreas Mogensen et de Aidyn Aimbetov, qui sont à bord de l’ISS à titre de visiteurs, n’en sera d’ailleurs que plus court : en effet, ils n’y resteront que sept jours et demi, vu que leur retour est déjà planifié le 11 septembre, date à laquelle l’Expédition 45 débutera avec le reste de l’équipage. Notons que c’est Gennady Padalka qui les accompagnera vers la Terre : ce vétéran de l’espace était arrivé à bord fin mars avec Scott Kelly et Mikhail Kornienko qui effectuent une mission exceptionnelle d’un an, mais son séjour de six mois touche à sa fin. Du coup, pas question de perdre du temps pour Andreas Mogensen : durant son court séjour spatial (son premier), il effectue en effet une mission pour le compte de l’Agence spatiale européenne (la mission « IrISS ») tournée vers l’expérimentation de nouvelles technologies et l’amélioration des opérations dans l’espace. Toute sa mission prend d’ailleurs place à bord du laboratoire Columbus et de la coupole d’observation Cupola, tous deux européens. Pour info, c’est la première fois depuis novembre 2013 qu’autant de personnes se trouvent à bord de l’ISS en même temps. Cela dit, le record a lui été atteint pour la première fois en juillet 2009, lorsque 13 personnes à la fois s’y sont entassées après l’arrivée de la navette spatiale Endeavour et de ses sept passagers (la mission STS-127). Pour l’anecdote, la station était notamment occupée par le Belge Frank De Winne qui s’y trouvait en temps que commandant de l’Expédition 21, et Gennady Padalka était également à bord (pour la photo de famille, c’est ici). Le record a été égalé plusieurs fois depuis, mais jamais battu (notamment parce qu’il n’existe plus d’engin opérationnel capable d’y envoyer plus de trois personnes à la fois).

C’est tout pour aujourd’hui, merci d’avoir parcouru ce billet ! Si tout va bien, on se retrouve le weekend prochain pour de nouvelles actus spatiales.

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