Salut ! En ce milieu de mois d’août, c’est Rosetta qui est mise à l’honneur, mais on s’intéresse aussi aux dernières nouvelles de la Station spatiale internationale. Spoiler : il y sera notamment question de salade vinaigrée. Bon appétit !

Illustration de l'orbite de la comète étudiée par Rosetta et Philae. Copyright ESA
Illustration de l’orbite de la comète étudiée par Rosetta et Philae. Copyright ESA

Cette semaine, la mission Rosetta mérite donc qu’on s’attarde un peu sur son cas, et cela pour deux raisons. Premièrement, la sonde européenne (accompagnée de son atterrisseur Philae) a rejoint la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko le 6 août 2014 : du coup, joyeux anniversaire ! Deuxièmement, ce 12 août 2015, après plus d’un an de voyage et 750 millions de kilomètres parcourus en compagnie de Rosetta, la comète a atteint son périhélie. Il s’agit du moment où la comète se trouve au plus proche du Soleil (186 millions de kilomètres), sur son orbite elliptique de 6,5 années. Scientifiquement, il s’agit d’un moment très important pour la mission car c’est la période durant laquelle elle atteint son pic d’activité. Depuis des mois, à mesure que Tchouri s’est approchée du Soleil, ses glaces gelées se sont progressivement sublimées (passant de l’état solide à l’état gazeux, sans passer par l’état liquide) à un rythme de plus en plus élevé, formant ainsi une fine atmosphère (appelée coma ou chevelure) prolongée par une de ces magnifiques queues de comètes que l’on peut parfois observer depuis la Terre. Rosetta, d’ailleurs, est trop proche du noyau pour pouvoir réellement observer ce spectacle, mais des télescopes terrestres ont pu déterminer que sa queue mesure actuellement plus de 120.000km de long. Pour donner une petite idée de l’activité actuelle de Tchouri, sachez que son noyau éjecte actuellement plus de 300kg de vapeur d’eau à la seconde, ainsi que 1000kg de poussière au même rythme. Cela peut d’ailleurs mettre la sonde en danger, c’est pourquoi cette dernière a été déplacée à plus de 325km du noyau pour limiter les risques. Pour rester dans les chiffres, notons également que Tchouri et Rosetta filent à une vitesse de 120.000 km/h et se situent à environ 265 millions de km de la Terre (ce qui signifie par ailleurs qu’il faut compter un délai de 14 minutes et 44 secondes pour communiquer).

Animation créée à partir d'une série de photos prises par Rosetta le 12 août, quelques heures avant que Tchouri atteigne son périhélie. Copyright ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA
Animation créée à partir d’une série de photos prises par Rosetta le 12 août, quelques heures avant que Tchouri atteigne son périhélie. Copyright ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Etant donné que le pic d’activité d’une comète continue quelques semaines après le périhélie, les prochains jours promettent en tout cas une belle moisson de données pour les responsables de la mission. Par contre, vu qu’on ne peut pas tout avoir, c’est Philae qui pâtit de cette situation. En effet, après son réveil spectaculaire au beau milieu du mois de juin, le petit atterrisseur n’a plus donné signe de vie depuis le 9 juillet dernier. Sa position périlleuse (l’engin est couché sur le flanc au fond d’une crevasse), y est bien sûr pour quelque chose, mais l’absence de contact est en grande partie due à l’éloignement forcé de l’orbiteur Rosetta, précisément à cause du pic d’activité de la comète. A plus de 300km du noyau, réussir à contacter Philae serait « miraculeux », de la voix même du chef de projet Rosetta au CNES (Centre National d’Etudes Spatiales), Philippe Gaudon. Selon ce dernier, il ne deviendra possible de rapprocher à nouveau la sonde du noyau qu’à partir de mi-septembre. Mais attention : vu que la comète s’éloigne dès à présent du Soleil, Philae devrait à nouveau être à court de luminosité, donc d’énergie, à partir de fin novembre ! Cela laisse donc une marge de manœuvre assez courte pour rétablir le contact (lequel, s’il se produit, devrait donc avoir lieu en octobre). Cela dit, les prochaines manœuvres de Rosetta n’ayant pas encore été décidées (il est également envisagé d’éloigner la sonde jusqu’à 1000km du noyau pour étudier la queue de la comète), nous n’en saurons plus que dans les prochaines semaines.

Une éruption de gaz sur Tchouri capturée par Rosetta le 29 juillet dernier, signe de l'approche de son pic d'activité. Copyright ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA
Une éruption de gaz sur Tchouri capturée par Rosetta le 29 juillet dernier, signe de l’approche de son pic d’activité. Copyright ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA
Gennady Padalka et Mikhail Kornienko font coucou depuis l'espace. Source : Roscosmos
Gennady Padalka et Mikhail Kornienko font coucou depuis l’espace. Source : Roscosmos

Pendant ce temps, à bord de la Station spatiale internationale (ISS), c’est business as usual. Lundi dernier, Gennady Padalka et Mikhail Kornienko ont effectué une sortie extravéhiculaire (ou EVA, pour « extravehicular activity ») aux abords du segment russe de l’ISS durant cinq heures et 31 minutes. A l’occasion de cette périlleuse opération, les deux cosmonautes ont notamment… lavé les carreaux du module russe Zvezda. Et oui, c’est comme ça, même dans l’espace on n’échappe pas au lavage de vitres, a fortiori si ces dernières sont soumises aux radiations, aux débris spatiaux et aux propulseurs des capsules spatiales qui vont et viennent. A part ça, ils ont également installé des nouveaux équipements (des rampes notamment, pour faciliter les futures sorties), remplacé une vieille antenne, récupéré une expérience scientifique placée dans l’espace et destinée à retourner sur Terre, ou encore pris des photos de l’extérieur de la station dans le but de l’inspecter dans les détails. Et que faisaient Scott Kelly, Kjell Lindgren et Kimiya Yui pendant que leurs deux collègues risquaient leur vie ? Ils bouffaient de la salade, pardi. Mais attention, pas n’importe quelle salade : de la laitue de l’espace, la première qui ait entièrement poussé sur orbite pour y être mangée (accompagnée d’huile et de vinaigre, pour le plus grand plaisir des gourmets). La salade en question a poussé durant 33 jours à bord de l’ISS et n’a pas été entièrement avalée par les astronautes, une partie a en effet été congelée et sera envoyée sur Terre pour être analysée. Quant au but de l’expérience, pas besoin de vous faire un dessin : il s’agit, encore une fois, de se préparer à l’éventualité de futurs voyages de longue durée, durant lesquels il serait bien pratique de pouvoir produire de la nourriture, plutôt que de devoir tout transporter depuis le décollage. En plus de l’intérêt purement pratique d’une telle entreprise, s’y ajoute aussi un aspect psychologique non négligeable : l’Américain Kjell Lindgren, par exemple, a fait part de son plaisir de voir pousser un peu de verdure plantée là pour la subsistance de l’équipage, au milieu d’un environnement généralement stérile dominé par le blanc et l’aluminium. Enfin, pour terminer, signalons aussi que la capsule spatiale Progress 58 s’est détachée de la station vendredi pour aller se désintégrer dans l’atmosphère terrestre, histoire de libérer une place pour l’arrivée d’un futur véhicule.

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