Salutations ! Cette semaine, on continue l’exploration lointaine en s’aventurant principalement du côté de Jupiter. Ensuite, on enchaînera avec des nouvelles de SpaceX et de la Station spatiale internationale. Bonne lecture !

Jupiter photographié par la sonde Cassini le 29 décembre 2000, à 10 millions de kilomètres. Crédits : NASA/JPL/Space Science Institute
Jupiter photographié par la sonde Cassini le 29 décembre 2000, à 10 millions de kilomètres. Crédits : NASA/JPL/Space Science Institute

Pour changer un peu de Pluton, intéressons-nous un peu à une mission rapidement évoquée la semaine dernière : celle de Juno, actuellement en route vers Jupiter, une géante gazeuse qui est aussi la planète la plus grande et la plus massive de notre système solaire. En effet, la sonde de la NASA devrait arriver à destination le 4 juillet 2016, c’est à dire dans moins d’un an à présent, après un voyage débuté le 5 août 2011 à bord d’une fusée Atlas V. Comme on l’a vu la semaine dernièreNew Horizons a utilisé la même fusée pour commencer son périple vers Pluton, mais la comparaison peut même aller plus loin : on se souvient aussi qu’elle a utilisé l’assistance gravitationnelle de Jupiter pour dévier sa trajectoire et accélérer. Pour son périple, Juno a en fait utilisé la même technique mais d’une manière qui pourrait paraître quelque peu contre-intuitive. En effet, deux ans après son décollage, elle s’est également servi de l’assistance gravitationnelle d’une planète… qui n’est autre que la Terre. Pour mieux comprendre, l’idéal est encore de visualiser l’animation ci-dessous, très éclairante sur la trajectoire de Juno et qui permet plus globalement de se faire une bonne idée du fonctionnement de ce genre de ballet spatial :

La sonde Juno et ses instruments scientifiques. Source : http://www.nasa.gov/
La sonde Juno et ses instruments scientifiques. Source : http://www.nasa.gov/

Actuellement, Juno (qui pesait 3,625 tonnes au décollage) a déjà effectué plus de 90% de son trajet vers Jupiter. Mais quels sont ses objectifs ? Comme l’indique la NASA, Juno va cartographier les champs magnétiques et gravifiques de la planète, ainsi que repérer la vapeur d’eau présente dans son atmosphère. En fait, elle va surtout se balader au-dessus des pôles de la planète, des régions jusqu’ici inexplorées. La principale raison pour laquelle on évoque la mission à ce moment précis, c’est aussi que l’agence spatiale américaine a effectué quelques changements de plans concernant le déroulement futur de la mission. En effet, alors que la sonde devait initialement effectuer une orbite complète de Jupiter en onze jours, elle l’effectuera désormais en quatorze : le but principal étant de donner plus de temps aux responsables de la mission de réagir si les conditions au plus proche de la planète s’avéraient plus dangereuses que prévu pour l’intégrité de la sonde (et donc des expériences scientifiques). Ces révisions affectent également la durée de la mission : une vingtaine de mois au lieu d’une quinzaine, tandis que la sonde effectuera 32 orbites au lieu de 30. Aucun autre engin ne se sera en effet aventuré aussi près de Jupiter, et Juno aura donc à affronter un champ magnétique fort et variable, ainsi que des radiations puissantes. A ce propos, Emily Lakdawalla, de la Planetary Society, suspecte que ce sont précisément de nouvelles prévisions des effets de ces radiations qui ont poussé la NASA à modifier ses plans, précisément pour limiter les risques envers les instruments scientifiques. Elle ajoute également que la « Junocam » (la caméra embarquée sur la sonde) ne devait initialement pas survivre plus de sept orbites mais qu’il est difficile de savoir si cette première estimation doit désormais être revue. Jusqu’à présent, huit engins terrestres (tous Américains, en fait) se sont aventurés près de Jupiter, mais un seul s’y est placé en orbite : la sonde Galileo, qui a décollé en 1989 et a orbité la géante gazeuse de 1995 à 2003. Les sept autres se sont contentées d’un survol, ce qui n’est déjà pas mal. Les quatre premières, Pioneer 10 (1973), Pioneer 11 (1974), Voyager 1 (1979) et Voyager 2 (1979 aussi), ont constitué la première vague d’exploration des planètes « externes » et gazeuses du système solaire (à savoir Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune). Ulysses s’est servi de Jupiter à deux reprises (en 1992 et 2004) pour corriger sa trajectoire pendant son étude du Soleil, Cassini s’en est servi sur son chemin vers Saturne (2000) et New Horizons, bien sûr, pour foncer vers Pluton (2007).

Et pour ceux qui voudraient aller plus loin, Passeur de sciences a publié un article très intéressant sur l’état de l’exploration du système solaire, en reprenant un schéma en quatre étapes (en gros : 1-Survol, 2-Mise en orbite, 3-Atterrissage robotique, 4-Retour d’échantillons) bien utile pour se figurer où nous en sommes actuellement (c’est à dire pas bien loin). A propos ! Emily Lakdawalla a profité du survol de Pluton et de Charon par New Horizons pour produire un montage nommé « The Not-Planets » (« Les Non-Planètes »), où figurent, à l’échelle, « les lunes majeures et les plus gros astéroïdes » déjà visités par un engin terrien. Elle conclut son billet par ceci : « S’il vous plaît, sortez et montrez à vos amis et familles à quel point ces mondes sont cools et valent la peine d’être explorés. Aidez les gens à apprendre leurs noms, et aidez-les à comprendre comme ils sont fascinants et mystérieux » (« please go out and show your friends and family how cool these worlds are, and how much worth exploring. Help people learn their names, and help them understand how fascinating and mysterious they are »). Dont acte.

Les noms sont en anglais mais les différences avec le français sont minimes. Crédits : Emily Lakdawalla, Ted Stryk, Gordan Ugarkovic et Jason Perry + Gari Arrillaga + NASA/JPL/JHUAPL/SwRI/UCLA/MPS/IDA
Les noms sont en anglais mais les différences avec le français sont minimes. Crédits : Emily Lakdawalla, Ted Stryk, Gordan Ugarkovic et Jason Perry + Gari Arrillaga + NASA/JPL/JHUAPL/SwRI/UCLA/MPS/IDA
Le Dragon de la mission CRS-6 photographié depuis l'ISS le 17 avril 2015. Crédit : NASA
Le Dragon de la mission CRS-6 photographié depuis l’ISS le 17 avril 2015. Crédit : NASA

Revenons un peu sur Terre avec les suites de l’explosion de la fusée Falcon 9 de SpaceX le 28 juin dernier (j’en parlais dans ce billet). Elon Musk, le patron de la société californienne, s’est exprimé face à la presse en début de semaine et a présenté un rapport qui, il insiste, reste « préliminaire ». A ce stade des investigations, le coupable semble être une pièce d’acier dont le rôle est de maintenir des bouteilles d’hélium sous haute pression à l’intérieur du réservoir d’oxygène du second étage de la fusée. Il semblerait que l’une de ces pièces ait cédé lorsque cet étage a commencé à accélérer, envoyant ainsi valser la bouteille d’hélium à toute vitesse vers le haut du réservoir (on devine la suite). Si c’est bien elle la coupable, la pièce (produite par un fournisseur extérieur) aurait flanché face à une poussée cinq fois inférieure à ce qu’elle était censée supporter. Poli, Elon Musk n’a pas souhaité communiquer le nom du fournisseur en question, mais a indiqué que ces pièces seraient désormais testées individuellement par SpaceX avant chaque assemblage, ce qui pourrait d’ailleurs contribuer à augmenter les coûts. Il est aussi revenu sur le sort de la capsule Dragon, dont la cargaison de grande valeur a été perdue dans l’accident. Selon lui, celle-ci aurait pu être sauvée si ses parachutes s’étaient déployés. Or cette version du Dragon n’était pas programmée pour être capable de déployer des parachutes en pleine ascension, mais uniquement lors du retour sur Terre. Cette situation frustrante devrait être remédiée lors des prochains vols avec une mise à jour du logiciel de la capsule, d’autant que sa version habitable (le Dragon V2) est précisément développée pour pouvoir garantir la survie de l’équipage en cas d’accident prématuré. Beau joueur, Elon Musk a également avoué qu’après sept années de succès ininterrompu, sa société était devenue « un petit peu complaisante » (« a little bit complacent ») vis-à-vis d’elle-même, et que cet accident leur servirait de leçon. Actuellement, SpaceX se concentre donc sur le prochain vol de Falcon 9, qui ne devrait pas survenir avant septembre dans le meilleur des cas. Mise à part l’importante perte financière pour la société, l’accident de juin a également eu pour conséquence de reporter le premier test du Falcon Heavy, la version lourde de sa fusée, désormais prévu pour le printemps 2016.

L'équipage actuel de l'ISS, de gauche à droite : Kjell Lindgren, Oleg Kononenko, Kimiya Yui, Scott Kelly, Gennady Padalka (Commandant), Mikhail Kornienko Crédit : NASA
L’équipage actuel de l’ISS, de gauche à droite : Kjell Lindgren, Oleg Kononenko, Kimiya Yui, Scott Kelly, Gennady Padalka (Commandant), Mikhail Kornienko
Crédit : NASA

Enfin, l’autre événement de la semaine, c’est le décollage réussi de trois astronautes à destination de la Station spatiale internationale le 23 juillet. Après avoir vu leur vol reporté d’environ deux mois (suite à la perte du cargo Progress 59 causée par la défaillance d’une fusée Soyouz similaire à celle utilisée pour les vols habités), l’Américain Kjell Lindgren, le Japonais Kimiya Yui et le Russe Oleg Kononenko ont rejoint l’ISS (où ils devraient rester jusque décembre) après un voyage de six heures. Ils y complètent l’Expédition 44 en rejoignant Scott Kelly, Mikhail Kornienko et Gennady Padalka. Le vol s’est déroulé sans problème, si ce n’est qu’un des panneaux solaires de la capsule habitée Soyouz ne s’est déployé que peu de temps avant l’amarrage (on peut voir sur le tweet ci-dessus qu’un seul panneau n’est déployé au moment de la photo prise par Scott Kelly), sans que cela ne semble porter à conséquence.

Et parce qu’il serait dommage de ne pas avoir quand même une petite dose de Pluton avant de partir, voici une des dernières images de la planète naine envoyées par New Horizons (il y en a plein, et je vous conseille vivement de vous rendre sur la page de la NASA qui y est consacrée pour les admirer). Voici donc Pluton à contre-jour, et c’est magnifique. Le halo lumineux n’est autre que son atmosphère, qui disparaît d’ailleurs progressivement à mesure que Pluton s’éloigne du soleil. Un des objectifs de la mission était justement de se rendre sur place avant qu’elle ait complètement disparu (et ne revienne dans plusieurs décennies, quand l’orbite de Pluton la ramènera près du soleil).

Crédits : NASA/JHUAPL/SwRI
Crédits : NASA/JHUAPL/SwRI