Bonjour ! L’actualité de la semaine fut très chargée, essentiellement en raison de la désintégration peu après son décollage de la fusée Falcon 9 de SpaceX. Ce billet est donc principalement consacré à cet incident et plus généralement au ravitaillement de la Station spatiale internationale. Bonne lecture !

Désintégration de la fusée Falcon 9 après 139 secondes de vol. Source : http://www.planetary.org/
Désintégration de la fusée Falcon 9 après 139 secondes de vol. Source : http://www.planetary.org/

Dimanche dernier, c’était l’anniversaire d’Elon Musk, le patron de SpaceX. Pour fêter ça, l’entrepreneur milliardaire espérait réussir un gros coup. A l’occasion d’une mission de ravitaillement de la Station spatiale internationale (la première depuis la perte du Progress 59 fin avril), il semblait en effet plus proche que jamais de parvenir, après quelques tentatives infructueuses mais à chaque fois plus prometteuses, à faire se reposer le premier étage de sa fusée Falcon 9 sur une plate-forme en pleine mer. A la place, il a eu droit à un feu d’artifice dont il se serait bien passé : l’explosion de la fusée après 139 secondes de vol et la perte de la capsule Dragon remplie de nourriture et d’expériences scientifiques. La capsule contenait également une nouvelle combinaison spatiale et le premier de deux adaptateurs prévus pour l’amarrage des futures missions commerciales habitées de la NASA. Cet incident n’a fait aucune victime, mais ses conséquences sont nombreuses. Au-delà de la question du ravitaillement de l’ISS, il s’agit par exemple d’un gros problème pour les clients de SpaceX qui comptaient sur la fusée Falcon 9 pour expédier leurs satellites sur orbite dans les prochains mois : tous les futurs vols de la fusée étant reportés, ils sont désormais condamnés à l’attente, le tout dans un contexte déjà problématique étant donné les problèmes de fiabilité de la fusée russe Proton, principale concurrente de Falcon 9 avec Ariane 5. Les causes de l’incident, par contre, restent encore largement inconnues. On sait tout au plus que le premier étage de la fusée a fonctionné correctement, le problème résiderait donc plutôt dans l’étage supérieur. Mais le mieux, dans ce genre de situation, est encore de replacer le contexte.

Explosion au décollage de la fusée Antares le 28 octobre 2014. Crédits : NASA/Joel Kowsky
Explosion au décollage de la fusée Antares le 28 octobre 2014. Crédits : NASA/Joel Kowsky

On pourrait par exemple évoquer le vol de ce dimanche 28 juin en chiffres. Ainsi, c’était le 19ème lancement de la fusée Falcon 9 (son premier vol remonte à juin 2010), et son premier échec total. C’était aussi la 7ème fois (8ème si on compte une mission de démonstration en mai 2012) qu’elle devait expédier une capsule Dragon à destination de l’ISS, d’où le nom de la mission : CRS-7 (pour Commercial Resupply Service 7). Actuellement, et suite à la mise au rebut de la navette spatiale en 2011, la NASA est sous contrat avec deux sociétés privées pour assurer sa part du ravitaillement : SpaceX et Orbital ATK (autrefois connue sous le nom d’Orbital Sciences). Si SpaceX a essuyé son premier échec ce weekend, elle ne fait jamais que remettre les comptes à zéro vis-à-vis d’Orbital, qui avait vu sa fusée Antares exploser au décollage en octobre 2014, causant la perte de leur cargo Cygnus, là aussi rempli de ravitaillement et d’expériences scientifiques… dont un certain nombre devaient d’ailleurs être réexpédiés avec CRS-7. Pour Orbital, il s’agissait à l’époque du troisième vol sous contrat avec la NASA. Doit-on en conclure immédiatement que la décision des Etats-Unis de travailler avec des sociétés privées pour ravitailler l’ISS est un échec ? Ce serait probablement aller vite en besogne. Si Orbital effectue des lancements depuis les années 90, SpaceX n’existe que depuis 2002 : ce sont des sociétés relativement jeunes, et il aurait été assez miraculeux que leur parcours se déroule sans encombre. A titre d’exemple, beaucoup se souviennent encore du premier vol d’Ariane 5 le 4 juin 1996 : ce qui est actuellement le lanceur le plus fiable au monde fut détruit après seulement 37 secondes de vol. Il s’agit là d’une simple et cruelle illustration du défi que représente l’accès à l’orbite basse de la Terre (sans même parler d’aller plus loin). D’une certaine manière, on pourrait presque se réjouir qu’un tel incident survienne dès à présent, lors d’un vol inhabité, plutôt que dans quelques années à l’occasion d’un vol habité (pour rappel, la Falcon 9 transportera des astronautes vers l’ISS dans quelques années).

Décollage de la fusée Soyouz et du Progress 60 ce vendredi 3 juillet. Crédit : Sergey Sergeev/Roscosmos
Décollage de la fusée Soyouz et du Progress 60 ce vendredi 3 juillet. Crédit : Sergey Sergeev/Roscosmos

La perte du Dragon est aussi le deuxième vol d’affilée à destination de l’ISS qui termine en queue de poisson, et le troisième en moins d’un an. Les trois incidents n’ont cependant probablement rien à voir les uns avec les autres. L’explosion de la fusée Antares était due aux moteurs de son premier étage, des antiquités soviétiques construites dans les années 60 : pour la reprise de ses vols, début 2016, ce sont d’ailleurs d’autres moteurs qui seront utilisés. Quant à la perte du Progress 59, elle est survenue au moment de sa séparation avec la fusée Soyouz. En attendant, la NASA se retrouve une nouvelle fois sans engin opérationnel pour ravitailler l’ISS, les deux sociétés privées qu’elle a contracté étant pour l’instant hors jeu. Toutefois, la capsule Cygnus d’Orbital ATK décollera à nouveau en décembre prochain. Pour l’occasion, elle sera exceptionnellement propulsée par une fusée Atlas V. Pour ravitailler l’ISS, et étant donné que l’Europe ne fournit plus de capsule depuis la fin du programme ATV, restent actuellement en lice la capsule japonaise Kounotori  (ou HTV), qui doit décoller en août prochain pour l’ISS, et surtout la Russie qui, malgré son échec récent, reste de loin la plus fiable et régulière dans le domaine. En plus d’être les seuls pourvoyeurs de vols habités, les Russes deviennent du coup, au moins provisoirement, quasiment les seuls à pouvoir ravitailler régulièrement la Station spatiale internationale en fret. Une situation pour le moins paradoxale vu la crise à laquelle est confrontée le secteur spatial russe et les relations tendues entre les Etats-Unis et la Russie au niveau politique.

Trois capsules sont à présent arrimées à l'ISS, toutes Russes : une capsule Soyouz (qui fait office d'engin de secours pour l'équipage) et deux Progress.
Trois capsules sont à présent arrimées à l’ISS, toutes Russes : une capsule Soyouz (qui fait office d’engin de secours pour l’équipage) et deux Progress. Source : https://blogs.nasa.gov/spacestation/

Cela dit, Roscosmos,  l’agence spatiale russe, a rassuré tout le monde ce vendredi en faisant décoller avec succès la capsule Progress 60, elle aussi destinée à ravitailler l’ISS. Pour la peine, c’est une fusée Soyouz d’un modèle plus ancien que le précédent  qui a été utilisé, dans le but d’éviter un problème d’incompatibilité identique à celui qui a causé la perte du Progress 59. Fort heureusement, il s’agit cette fois d’une réussite vu que la capsule s’est arrimée avec succès ce dimanche matin. Notons au passage, et ce n’est pas rien, que l’équipage de l’ISS n’a jamais été mis en danger par les trois pertes de cargaison : il dispose de ravitaillement pour encore plusieurs mois et il n’a jamais été question de rationnement. Sinon, pendant ce temps-là, l’astronaute russe Gennady Padalka a battu le record du nombre de jours cumulés dans l’espace : 804, sur un total de cinq missions distinctes (la première en 1998 à bord de la station Mir, puis quatre à bord de l’ISS).

Enfin, terminons avec cette animation en couleurs de Pluton (qui nous apparaît brun-rouge) et de Charon, sur base d’images plus fascinantes que jamais prises par la sonde américaine New Horizons. Nous aurons largement l’occasion d’en reparler dans les prochaines semaines vu que le rendez-vous est pour le 14 juillet. Information de toute dernière minute : la NASA indique que la sonde a subi une coupure de communications avec la Terre ce samedi, mais que la situation est maintenant partiellement rétablie. Il faudra toutefois quelques jours pour que la sonde redevienne 100% opérationnelle (en partie en raison du fait qu’une information met 9h à parcourir la distance entre la Terre et la sonde). On y reviendra la semaine prochaine, en espérant que tout revienne à la normale d’ici là.

Crédit : NASA
Crédit : NASA
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