Bonjour ! C’est déjà le trentième billet, et pour l’occasion nous revenons sur l’évolution de trois missions emblématiques de cette année 2015 en filant du côté de Cérès, de Pluton et de la comète « Tchouri ». On va également s’intéresser à la planète Mars, parce qu’on n’en a jamais assez. Bonne lecture !

Les points lumineux de Cérès photographiés par Dawn le 9 juin 2015. Crédits: NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA
Les points lumineux de Cérès photographiés par Dawn le 9 juin 2015. Crédits: NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA

Pour commencer, portons notre attention sur la planète naine Cérès, qui ne cesse de poser de nouvelles questions aux scientifiques responsables de la mission Dawn. Rappelons-nous : la sonde Dawn orbite actuellement autour de Cérès à une altitude de 4.400km et les informations qu’elle nous transmet ne cessent d’intriguer. Il y a tout d’abord le fameux mystère des points lumineux, localisés dans un cratère d’environ 90km de diamètre et dont on ne connaît toujours pas l’origine exacte. A leur propos, on peut tout au plus affirmer qu’ils sont très réfléchissants (peut-être de la glace ou des sels, mais il pourrait aussi bien s’agir de geysers ou de complètement autre chose), et contrastent particulièrement avec Cérès dans son ensemble qui est un corps très sombre. De plus, il se multiplient en davantage de petits points à mesure que l’orbiteur se rapproche de la surface. Pour en savoir plus à leur sujet, la NASA compte notamment sur un instrument de Dawn capable d’identifier la composition des minéraux de Cérès. Cela dit, comme si cela ne suffisait pas (ce qui est d’ailleurs le cas : plus c’est énigmatique, plus c’est rigolo) une nouvelle énigme s’est ajoutée au dossier : une montagne solitaire de presque 5km de haut (à peu près la taille du Mont Blanc) perdue au milieu de nulle part. Plus que sa taille, c’est le fait qu’elle soit isolée de toute structure similaire qui la rend si surprenante. Pour certains, comme l’astronome Phil Plaitil pourrait s’agir du pic central d’un cratère dont les autres caractéristiques ont été érodées, par exemple par des tremblements de terre (dont l’existence est avérée sur Cérès). Il faudra toutefois encore bien des données supplémentaires pour que les scientifiques puissent se faire une idée plus précise des mystères de cette planète naine, le plus gros corps de la ceinture d’astéroïde située entre Mars et Jupiter. Arrivée à destination le 6 mars dernier, la sonde Dawn va quitter son orbite actuelle à partir du 30 juin prochain pour arriver, en août prochain, à une altitude de 1450km.

En haut à droite, la fameuse montagne solitaire. Photo prise le 6 juin 2015. Crédits: NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA
En haut à droite, la fameuse montagne solitaire. Photo prise le 6 juin 2015. Crédits: NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA
Image brute prise par le télescope LORRI embarqué sur New Horizons le 25 juin 2015. Source : http://pluto.jhuapl.edu/soc/Pluto-Encounter/
Image brute prise par le télescope LORRI embarqué sur New Horizons le 25 juin 2015. Source : http://pluto.jhuapl.edu/soc/Pluto-Encounter/

Pendant ce temps-là, New Horizons s’approche encore et encore de Pluton et de Charon, ainsi que de leurs petits compagnons Hydra, Kerberos, Nix et Styx, qui orbitent autour de ce système double dans un joyeux chaos mis en évidence par le télescope spatial Hubble. Rappelons au passage que Pluton et Charon ont un centre de gravité commun situé un peu à l’extérieur de Pluton : Charon n’est donc pas à proprement parler un satellite de cette dernière, ils forment plutôt ensemble un système double qui se comporte comme ceci. A mesure que New Horizons s’en approche, des images un peu plus détaillées de leurs surfaces sont transmises chaque jour depuis les confins du système solaire puis mises en ligne ici. Certaines caractéristiques commencent du coup à apparaître. Phil Plait note par exemple la présence d’un point lumineux (encore, oui) sur Pluton, tandis que d’autres insistent sur le pôle sombre de Charon. En attendant, la sonde va bien. Elle continue de foncer à une vitesse de 55.500 km/h en direction de sa cible, une légère correction de trajectoire a d’ailleurs été opérée le 14 juin dernier pour éviter de la manquer de quelques centaines de kilomètres (ce qui aurait été ballot). La taille de la cible visée mesure en fait entre 100 et 150km, et l’équipe de la mission estime qu’une nouvelle correction de trajectoire sera probablement nécessaire d’ici le 14 juillet (date tant attendue du survol de Pluton par la sonde).

Le rover Curiosity photographié sur Mars par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter le 13 décembre 2014. Crédit : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona
Le rover Curiosity photographié sur Mars par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter le 13 décembre 2014.
Crédit : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona

Revenons de ce côté-ci de la ceinture d’astéroïde. Ce n’est pas un secret : Charles Bolden, l’actuel Administrateur de la NASA souhaite voir des êtres humains fouler la planète Mars avant 2040. Ouvrons une parenthèse gratuite sur ce personnage : Charles Bolden n’est pas un simple administrateur, c’est aussi un ancien astronaute qui a volé quatre fois à bord d’une navette spatiale américaine : il fût le pilote de Columbia en 1986 (la mission STS-61-C), et de Discovery en 1990 (STS-31), puis a commandé les navettes Atlantis en 1992 (pour la mission STS-45 à laquelle a participé l’astronaute belge Dirk Frimout) et Discovery en 1994 (STS-60). Fin de la parenthèse. Aller sur Mars est une chose, mais une planète c’est grand et faut-il encore savoir où s’y poser. La question va immanquablement être sujet à des débats animés, lesquels vont pouvoir débuter dès octobre prochain. En effet, la NASA va tenir un séminaire du 27 au 30 octobre (le premier « Landing Site/Exploration Zone Workshop for Human Missions to the Surface of Mars ») auquel seront conviés scientifiques, techniciens et experts en exploration humaine pour discuter des zones potentielles d’exploration pour cette mission lointaine. Ces zones, d’une taille de 100km maximum, devront correspondre à deux critères essentiels : offrir un intérêt scientifique et disposer de ressources exploitables par les vaillant(e)s astronautes, tout en étant évidemment sans danger. Autre point intéressant : les astronautes devront établir leur lieu de vie à distance de leur atterrisseur, tout simplement pour éviter de les voir étudier des zones contaminées par ce dernier. Ce sont les sondes américaines Mars Odyssey et Mars Reconnaissance Orbiter qui seront chargées de fournir des données scientifiques et des cartes des zones potentielles pour permettre à la NASA de faire le choix le plus avisé possible. Les sondes en question ne sont plus toutes jeunes : Mars Odyssey orbite Mars depuis 2001, elle a fêté cette semaine sa 60.000ème orbite autour de la planète rouge et c’est tout simplement le plus vieil engin encore opérationnel dans les parages, et Mars Reconnaissance Orbiter s’y trouve depuis 2006. Même si les deux sondes fonctionnement toujours bien et que de futures missions prendront le relais lorsqu’elles cesseront de fonctionner, il est important pour la NASA de commencer les discussions rapidement afin de bénéficier de leur présence sur place.

La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko photographiée par Rosetta le 15 juin dernier. Crédits : ESA/Rosetta/NAVCAM – CC BY-SA IGO 3.0
La comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko photographiée par Rosetta le 15 juin dernier. Crédits : ESA/Rosetta/NAVCAM – CC BY-SA IGO 3.0

Enchaînons avec la sonde européenne Rosetta, qui a gagné le droit d’étudier la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko durant neuf mois supplémentaires. Initialement prévue pour durer jusque décembre 2015, sa mission est en effet prolongée jusque septembre 2016. A la mi-août, la comète atteindra son périhélie, à savoir son point le plus proche du soleil, et commencera donc à s’éloigner progressivement de ce dernier. Au fur et à mesure de son éloignement, le noyau de la comète va progressivement décroître en activité : cette prolongation de mission sera donc l’occasion pour Rosetta d’étudier cette phase plus longuement (et de disposer de plus de temps pour repérer l’atterrisseur Philae). Dans le même temps, elle recevra aussi de moins en moins de lumière du Soleil, d’où le choix de faire se terminer la mission en septembre 2016 : il est en effet estimé que c’est à ce moment que la sonde viendra à manquer d’énergie. Il n’est par ailleurs pas prévu de replacer la sonde en hibernation (le temps pour la comète de se rapprocher de notre étoile) : Rosetta n’aura plus assez de carburant pour que cela en vaille la peine. Non, jamais à court d’idées, l’Agence spatiale européenne envisage désormais de poser Rosetta sur le noyau de la comète une fois sa mission terminée. La possibilité est en tout cas à l’étude : il s’agirait de faire descendre la sonde en spirale durant plusieurs mois (ce que la baisse d’activité de la comète devrait rendre possible) et ainsi permettre des observations spectaculaires, même si les responsables de la mission ne s’attendent pas à ce que le contact radio perdure jusqu’à ce que l’engin touche la surface. Pour l’instant, il ne s’agit de toute façon que d’une idée et sa faisabilité n’est pas garantie.

Pour terminer, restons avec Rosetta qui, lorsqu’elle évoluait à une altitude de 20 à 50km de la surface de Tchouri (en septembre 2014), a repéré 120 régions très brillantes (des points lumineux, encore) sur cette dernière : très probablement de la glace, observée directement pour la première fois à la surface d’une comète, bien que la présence d’eau y soit connue depuis longtemps. Il s’agit de morceaux de glace exposés (probablement suite à des éboulements) dans des zones suffisamment ombragées pour ne pas se sublimer (c’est à dire passer de l’état solide à gazeux), alors que la surface est généralement recouverte d’une fine couche de poussière résultant de cette sublimation. Six exemples de ce phénomène sont visibles ci-dessous.

Ice_on_Comet_67P_Churyumov-Gerasimenko
Crédits: ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA