Bonjour ! Gros programme, cette semaine : entre le retour sur Terre de trois astronautes, le test d’une soucoupe volante et la suite du feuilleton LightSail, nous avons largement de quoi nous occuper.

Crédit: NASA/Bill Ingalls
Crédit: NASA/Bill Ingalls

L’événement de la semaine, c’est bien évidemment le retour sain et sauf sur Terre (et plus précisément au Kazakhstan) de Samantha Cristoforetti, Anton Shkaplerov et Terry Virts après 199 jours à bord de la Station spatiale internationale. Leur retour, qui met fin à l’Expédition 43, était initialement prévu il y a un mois mais avait dû être reporté au jeudi 11 juin en raison de la perte du vaisseau de ravitaillement russe Progress. Ce délai a permis à l’astronaute italienne Samantha Cristoforetti, dont c’était le premier séjour dans l’espace, de battre un double record. En effet, aucun autre membre de l’Agence spatiale européenne (ESA) n’a passé plus de temps en orbite sur une seule mission, ainsi qu’aucune autre femme quelle que soit sa nationalité (toujours sur une seule mission). Pas mal, pour un premier vol spatial. Il reste actuellement trois personnes à bord de l’ISS : Scott Kelly, Mikhail Kornienko et Gennady Padalka, tous trois arrivés en mars. Ceux-ci composent désormais l’Expédition 44, qui sera complétée entre le 23 et le 25 juillet par trois nouveaux membres d’équipage : le Russe Oleg Kononenko, le Japonais Kimiya Yui et l’Américain Kjell N. Lindgren.

Crédit: NASA/Bill Ingalls
Assis après leur extraction de la capsule Soyouz (en arrière plan), de gauche à droite : Terry Virts, Anton Shkaplerov et Samantha Cristoforetti. Crédit : NASA/Bill Ingalls

Notons au passage que le vaisseau Soyouz qui a ramené les trois astronautes sur Terre ce jeudi a été la cause d’un léger incident deux jours plus tôt : ses propulseurs se sont tout simplement allumés sans prévenir, au cours d’un test de routine. La manœuvre inattendue a conduit à une légère modification de l’orbite de l’ISS, rapidement corrigée, sans que l’équipage ne soit mis en danger. Selon certaines sources, il s’agirait d’une erreur humaine (l’envoi d’une mauvaise commande depuis la Terre) et non d’un problème sur le vaisseau, qui a de toute façon bien rempli son office par après.  En tout cas, les nombreuses photographies et tweets parfois hauts en couleur de Samantha Cristoforetti (mais Terry Virts n’était pas en reste) manqueront indéniablement aux passionnés d’ici-bas. Avant de partir, @AstroSamantha n’a d’ailleurs pas pu s’empêcher de tweeter un dernier hommage depuis l’espace au Guide du voyageur galactique.

Crédit : NASA/Bill Ingalls
Le LDSD en cours de préparation pour son vol d’essai. Crédit : NASA/Bill Ingalls

On enchaîne avec une soucoupe volante ! Mais on se calme tout de suite : c’est ainsi qu’est souvent surnommé le « Low-Density Supersonic Decelerator » (LDSD, ou Décélérateur supersonique de basse intensité) de la NASA, dont la forme n’est pas sans rappeler celle des engins qu’affectionnent les envahisseurs de l’espace. Mais qu’est-ce que le LDSD ? Ni engin interstellaire, ni drogue d’un genre nouveau, il s’agit d’un véhicule expérimental d’un peu moins de 5 mètres de diamètre dont le but à long terme est de permettre l’atterrissage en douceur de gros engins sur la planète Mars. Actuellement, le plus lourd véhicule a avoir jamais atterri sur Mars est le robot Curiosity, qui pèse environ une tonne. Or la NASA ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : à l’avenir, certains véhicules devront largement dépasser cette masse pour être capable de remplir leur mission (pensons notamment à un retour d’échantillons, sans même parler d’un vol habité). Le problème, c’est que dans une atmosphère martienne beaucoup moins dense que celle de la Terre, il faut s’assurer qu’un tel véhicule puisse ralentir suffisamment pour se poser en douceur, chose impossible avec les technologies actuelles qui remontent aux années 1970 (et utilisées pour les sondes Viking). Le programme LDSD a pour but de rendre la chose possible. L’engin qui a été testé ce 8 juin devait en fait mettre à l’épreuve deux technologies distinctes. La première est le SIAD (Supersonic Inflatable Aerodynamic Decelerator) : un système de ballons dont le rôle est de gonfler autour de véhicule pénétrant dans l’atmosphère, portant son diamètre à 6 mètres (dans la version testée ici) pour le faire ralentir de Mach 3,5 à Mach 2 ou moins.

Crédit : NASA
En haut : le parachute. A gauche : le SIAD de 6 mètres de diamètre. A droite : celui de 8 mètres, pour des charges plus lourdes. Crédit : NASA

C’est ensuite qu’entre en scène un énorme parachute d’environ 30 mètres de diamètre (le plus gros jamais déployé), dont l’objectif est de faire passer la vitesse de l’engin sous celle du son. Ce 8 juin, la NASA a testé son prototype pour la seconde fois et celui-ci s’est malheureusement soldé par un second échec (le premier date de juin 2014). Après s’être élevé jusqu’à une altitude de 37 km à l’aide d’un ballon sonde, le véhicule a été largué et ses propulseurs l’ont envoyé à une vitesse supersonique jusqu’à 55km d’altitude. Le SIAD s’est ensuite gonflé comme prévu, mais le parachute, pourtant renforcé depuis le précédent échec, n’a lui pas rempli correctement sa mission. Après s’être presque entièrement déployé, il s’est en effet rapidement déchiré. Il reste donc encore du boulot à la NASA pour rendre son parachute géant viable, et les données récoltées lors de ce test permettront (espérons-le) de corriger le tir. L’Agence spatiale américaine s’impose d’ailleurs deux tests couronnés de succès pour envisager une mission martienne. Le prochain essai aura lui lieu l’été prochain, et il restera à déterminer où trouver les fonds pour financer le ou les éventuels essais ultérieurs (ceux-ci n’étant actuellement pas prévus au budget de la NASA).

Le feuilleton LightSail, lui, s’est finalement terminé en happy end. Dimanche dernier, le CubeSat expérimental de la Planetary Society a bel et bien déployé sa voile solaire avec succès, après les montagnes russes émotionnelles (deux pertes de signal suivies de deux réveils) qui ont suivi l’envol de l’engin le 20 mai dernier. Maintenant que ce premier succès est acquis, la Planetary Society peut se préparer à la prochaine étape de son programme : l’envoi d’une voile solaire plus grande sur une orbite plus élevée, qui lui permettra de tirer pleinement parti des rayons du soleil pour se propulser. L’engin actuellement en orbite ne va lui pas tarder à retourner se désintégrer dans l’atmosphère (ce dimanche ou ce lundi, selon les prévisions) avec le sentiment du devoir accompli, malgré les nombreux déboires qui ont émaillés sa courte vie.

Crédit : The Planetary Society
La preuve visuelle tant attendue du déploiement de la voile. Crédit : The Planetary Society