Bonjour ! Après le court billet de la semaine dernière, nous revenons aux choses sérieuses avec le remaniement du calendrier de la Station spatiale internationale, les tuiles à répétition de la Russie, une petite navette cachottière et des petits satellites pleins d’avenir.

Megateuf dans l'ISS pour l'anniversaire de Samantha Cristoforetti (au centre), le  26 avril dernier. Avec Anton Shkaplerov à gauche et Terry Virts à droite.
Mégateuf dans l’ISS pour l’anniversaire de Samantha Cristoforetti (au centre), le 26 avril. Avec Anton Shkaplerov à gauche et Terry Virts à droite.

Entamons donc ce billet avec les suites de la perte de la capsule Progress 59 (dit aussi Progress M-27M), dont la cause n’est pas encore clairement déterminée. Comme on pouvait s’y attendre, le retour sur Terre des astronautes Terry Virts (NASA), Samantha Cristoforetti (ESA) et Anton Shkaplerov (Roscosmos) a été reporté de quelques semaines. L’Agence spatiale fédérale russe, Roscosmos, doit encore annoncer la date exacte de ce retour, mais on sait déjà que les trois astronautes quitteront la Station spatiale internationale début juin et non en mai comme prévu initialement, ce qui mettra fin à une Expédition 43 quelque peu prolongée. Trois nouveaux membres d’équipage, Kjell Lindgren (NASA), Oleg Kononenko (Roscosmos) et Kimiya Yui (JAXA, Japon) devaient initialement les remplacer ce mois-ci et débuter l’Expédition 44 en compagnie des trois membres restant à bord, Scott Kelly (NASA), Mikhail Kornienko (Roscosmos) et Gennady Padalka (Roscosmos). Ces derniers débuteront cependant l’Expédition 44 sans la relève, le prochain décollage d’une capsule Soyouz habitée ayant été reporté à fin juillet. Au niveau du ravitaillement, le décollage de la prochaine capsule Dragon (SpaceX) est lui toujours prévu pour le 19 juin prochain, et celui du Progress 60 pour début juillet.

Quant aux mésaventures russes, elles ne s’arrêtent malheureusement pas là. Ce samedi, un lanceur Proton a échoué à mettre sur orbite un satellite de télécommunications mexicain (MexSat-1, ou Centenario). Roscosmos a indiqué que l’incident s’était déclenché un peu plus de huit minutes après le décollage, à 161 kilomètres d’altitude. Le troisième étage du lanceur, ainsi que son étage supérieur (Briz-M) contenant le satellite, sont retombés vers la Terre avant de se désintégrer dans l’atmosphère. A en croire ce document, il s’agit non moins du quinzième incident impliquant un lanceur russe depuis 2010, et le sixième impliquant une fusée Proton. Notez qu’en janvier dernier le secteur spatial russe a été restructuré pour tenir compte de cette tendance inquiétante, et qu’une nouvelle famille de lanceurs, nommée Angara (nous en parlions ici) est actuellement développée pour succéder aux anciennes. Pour ne rien arranger, cet incident survient juste après une nouvelle anomalie impliquant une capsule Progress. Ce vendredi, le Progress 58 (ou Progress M26-M), arrimé à l’ISS depuis le mois de février, devait être utilisé pour élever l’orbite de la station spatiale, dans le but de préparer le prochain départ d’astronautes vers la Terre (une opération effectuée régulièrement et commandée depuis le sol). Or ses propulseurs, censés fonctionner pendant une quinzaine de minutes, n’ont tout simplement pas répondu, et une nouvelle tentative devra être effectuée ce 18 mai. Enfin, mercredi, la chanteuse britannique Sarah Brightman a annoncé qu’elle renonçait à son vol vers l’ISS prévu en septembre, officiellement pour raisons familiales. Elle avait payé quelques 52 millions de dollars pour devenir la huitième touriste de l’espace et s’entraînait depuis janvier dans ce but. La presse russe se demande évidemment si la chanteuse n’a pas soudainement estimé que sa sécurité n’était pas suffisamment assurée.

Un X-37B photographié en juin 2009. Crédit: U.S. Air Force
Un X-37B photographié en juin 2009. Crédit: U.S. Air Force

Mais assez de mauvaises nouvelles. Enchaînons avec le futur vol de la petite navette X-37B, donc le décollage est programmé le 20 mai prochain à bord d’une fusée Atlas V (United Launch Alliance). Mais avez-vous déjà entendu parler du X-37B ? Il s’agit d’une petite navette spatiale réutilisable et automatique, donc inhabitée, construite par Boeing pour le compte de l’armée de l’air américaine. Egalement appelé Orbital Test Vehicle (Véhicule de Test Orbital), le X-37B décolle verticalement et atterrit horizontalement, à l’image de la navette spatiale que nous connaissions. Le programme a été lancé par la NASA en 1999 avant d’être transféré en 2004 à la DARPA (« Defense Advanced Research Projects Agency » : une agence du Département de la Défense des Etats-Unis consacrée à la recherche et développement dans le domaine militaire). Le premier X-37B a décollé en avril 2010 pour une mission de 225 jours (OTV-1), le second en mars 2011 pour 469 jours (OTV-2) et le troisième a atterri le 17 octobre dernier après 674 jours en orbite (OTV-3). On sait que deux navettes ont été utilisées pour ces missions, et que l’une des deux a déjà servi à deux reprises. Si ces trois missions ont été des succès, l’US Air Force, responsable du projet, n’a pas donné davantage de détails à leur sujet : de fait, le contenu des missions et les objectifs du programme lui-même sont classifiés. Tout porte cependant à croire qu’il s’agissait essentiellement de tester le véhicule lui-même. Ce dernier ayant fait ses preuves, la mission OTV-4, qui doit donc commencer dans quelques jours, sera davantage axée sur la charge utile (le contenu) de l’engin et servira également à tester un système de propulsion expérimental (basé sur la propulsion à effet Hall, déjà utilisée notamment pour la propulsion de certaines sondes et la correction de trajectoire de satellites en orbite). De plus, l’engin transportera de nombreuses expériences de la NASA qui seront ainsi exposées au vide spatial.

Le LightSail de la Planetary Society, non déployé.
Le LightSail de la Planetary Society, non déployé.

Notons au passage que le X-37B décollera en compagnie de divers petits CubeSats, dont le LightSail de la Planetary Society, la fameuse voile solaire évoquée ici-même il y a quelques mois. La NASA a par ailleurs lancé un appel à propositions dans le but de trouver un moyen d’expédier ces CubeSats dans l’espace pour un moindre coût et de manière plus régulière. Actuellement, ces petits satellites de la taille d’un pain sont généralement envoyés dans l’espace en compagnie d’une charge utile plus chère et plus importante (exactement comme dans le cas du LightSail et du X-37B, chargés ensemble dans une fusée Atlas V) et la NASA semble estimer qu’il est temps de leur trouver un mode de lancement plus optimal. De plus, si de nombreux CubeSats orbitent déjà autour de la Terre, deux d’entre eux accompagneront l’atterrisseur martien InSight de la NASA l’an prochain vers la planète rouge, pour lequel ils serviront de relais de communication. Ces petits engins semblent donc promis à un bel avenir, bien au-delà de l’orbite terrestre.

Pour finir, prenons quelques nouvelles de Cérès, activement étudiée par la sonde américaine Dawn. Les nouvelles images que cette dernière nous a transmises ne manquent pas d’impressionner. Si la nature des points lumineux visibles à sa surface reste inconnue, on sait néanmoins qu’ils sont causés par la réflexion du soleil sur une surface très réfléchissante qui pourrait être de la glace. Enfin, pendant ce temps-là, Curiosity continue d’arpenter la planète Mars, ce qui lui permet de nous envoyer de temps à autres des images aussi magnifiques que ce coucher de soleil martien.

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Crédit: NASA/JPL-Caltech/MSSS/Texas A&M Univ.