Bonjour ! En ce lundi pascal, nous revenons sur les aventures récentes de Rosetta et sur un nouveau plan d’exploration de Mars, avant de s’intéresser à un futur chasseur d’astéroïde et de s’extasier sur Cassini. Bonne lecture.

Nous commençons donc avec Rosetta, qui a bien failli nous claquer entre les doigts fin mars. Le 28 mars, la sonde européenne a survolé la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko (au nom toujours aussi charmant) à une distance de seulement 14 kilomètres de la surface. Or ces manœuvres deviennent de plus en plus dangereuses à mesure que la comète se rapproche du soleil. En effet, la comète dégage de plus en plus de gaz et de grains de poussière, qui ont méchamment désorienté Rosetta en poussant ses capteurs à les confondre avec des étoiles. La sonde ayant perdu tout point de repère, les responsables de la mission ont donc décidé de désactiver ses capteurs durant le reste du survol de la comète, mais ne sont pas parvenus à les réactiver tout de suite. Les ingénieurs de l’Agence spatiale européenne ont ensuite bien cru perdre l’engin alors que les communications s’opéraient de plus en plus difficilement. Ce n’est qu’une fois revenu à une distance de 75 kilomètres de la comète que Rosetta a recommencé à fonctionner normalement, avant de s’éloigner jusqu’à 400 kilomètres, par sécurité, puis de viser à nouveau une altitude de 140 kilomètres (qu’elle devrait atteindre le 8 avril). L’incident n’a heureusement pas eu d’impact sur l’intégrité de l’engin, mais bien sur son plan de vol qui va devoir être entièrement retravaillé pour tenir compte de ces nouveaux paramètres et garder la sonde européenne en sécurité. En tout cas, elle ne risque pas de chômer : tout en observant les dégagements de gaz et de poussière de la comète sur sa course en direction du Soleil, elle va continuer à tenter de capter un éventuel signal provenant de l’atterrisseur Philae, posé quelque part sur Tchouri mais qui, en l’absence de suffisamment de lumière, n’a plus donné signe de vie depuis novembre.

La surface de Tchouri prise en photo par Rosetta à 19,9km d'altitude le 28 mars dernier. Crédit : ESA/Rosetta/NAVCAM – CC BY-SA IGO 3.0 Source: http://blogs.esa.int/rosetta/2015/04/01/cometwatch-28-march-14-km-flyby/
La surface de Tchouri prise en photo par Rosetta à 19,9km d’altitude le 28 mars dernier. Crédit : ESA/Rosetta/NAVCAM – CC BY-SA IGO 3.0 Source: http://blogs.esa.int/rosetta/2015/04/01/cometwatch-28-march-14-km-flyby/

A présent, intéressons-nous à un séminaire qui s’est tenu à cheval sur le 31 mars et le 1er avril dernier. Nommé « Humans Orbiting Mars », cette réunion de travail organisée par la Planetary Society a réuni 70 personnes liées à l’industrie spatiale, notamment des personnalités issues de la NASA. Ses conclusions : une mission humaine vers Mars serait non seulement faisable techniquement, mais ne requerrait pas d’augmentation significative du budget de la NASA pour être réalisée. Sous réserve du développement de nouvelles technologies (notamment dans le cadre du programme « Asteroid Redirect Mission » de la NASA), un programme martien pourrait être développé en deux temps : une mission orbitale en 2033 (sans atterrissage sur la planète rouge, mais éventuellement sur ses satellites, Phobos et/ou Deimos), suivie d’une seconde mission incluant un atterrissage plus tard dans la décennie. La proposition inclut également des missions de simulation aux alentours de la Lune dans la décennie 2020 (pour tester notamment module d’habitation et le type de propulsion), tout en partant du principe que la NASA se retirera de la Station spatiale internationale en 2024 (dont le segment russe ne devrait finalement plus être détaché, au passage). Le projet inclut par ailleurs l’usage de la fusée lourde Space Launch System (SLS) et du module Orion, dont les détracteurs mettent régulièrement en avant l’absence d’application pratique passées les premières missions prévues. Pas de quoi s’emballer, toutefois. Pour l’instant, il ne s’agit bien que d’une réflexion, bien qu’elle se veuille crédible et raisonnable économiquement, étant donné qu’elle ne requiert pas une explosion du budget de la NASA (comme ce fut le cas au temps des mission Apollo). De la théorie à la pratique, le gouffre à franchir n’en reste pas moins immense. Comme l’affirme John Logdson (co-président du séminaire), ce sera au Congrès et à l’administration du prochain Président des Etats-Unis de discuter de l’avenir à donner à ce plan. Nul doute, en attendant, que la Planetary Society fera pression en sa faveur.

Image d'artiste d'à quoi devrait ressembler Osiris-Rex une fois assemblé. Crédit : NASA/Goddard
Image d’artiste d’à quoi devrait ressembler Osiris-Rex une fois assemblé. Crédit : NASA/Goddard

A moins long terme, saluons le début de l’assemblage d’une future sonde spatiale : Osiris-Rex (pour, attention ça pique : Origins Spectral Interpretation Resource Identification Security Regolith Explorer). Construite par Lockheed Martin pour la NASA, Osiris-Rex complète le projet « Asteroid Initiative » (qui vise à étudier les astéroïdes proches de la Terre, notamment la menace qu’ils peuvent éventuellement poser) au même titre que le programme « Asteroid Redirect Mission » évoqué récemment. Concrètement, la sonde doit décoller fin 2016 et rejoindre l’astéroïde Bennu en 2018. Ensuite, ça se corse : il doit y prélever un échantillon et le ramener sur Terre en 2023, à l’instar de la sonde japonaise Hayabusa qui a ramené des échantillons de l’astéroïde Itokawa en 2010. Développé dans le cadre du programme New Frontiers, qui plafonne le coût des missions à 1 milliard de dollars et inclut également les missions New Horizons, en route pour Pluton, et Juno, en route pour Jupiter, Osiris-Rex est une mission dont nous n’avons pas encore fini d’entendre parler.

Enfin, on se quitte avec Cassini. Après deux ans passés aux alentours des pôles de la planète Saturne, la sonde américaine est revenue sur une orbite équatoriale pour toute la durée de 2015. Conséquence ? Elle recommence à croiser le chemin des lunes glacées de la géante gazeuse. Ainsi, en février, elle a photographié Rhéa, deuxième plus grosse lune de Saturne (après Titan), entre 50.000 et 80.000 kilomètres de distance. Plus récemment, Emily Lakdawalla de la Planetary Society a également posté une série de photos toutes plus impressionnantes les unes que les autres. L’article est en anglais, mais les images, elles, peuvent très bien se passer de commentaires.

Rhéa photographié par Cassini le 9 février dernier. Crédit : NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute
Rhéa photographié par Cassini le 9 février dernier. Crédit : NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute